09 novembre 2009
Gérard Larcher au Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro
Gérard Larcher, Président du Sénat, n'est pas un habitué de cette émission. Selon mon souvenir, c'est la première fois qu'il y est invité.
Il est vrai que le Sénat fait parler de lui en ce moment. Mais, justement, en raison de la "rebellion" de l'ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, rival de Gérard Larcher lors du renouvellement de la présidence du Sénat.
Il y a deux sujets importants débattus actuellement par le Sénat, assemblée émanant des collectivités locales: la réforme du statut de La Poste, et celle de la Taxe Professionnelle, principale ressource des finances locales, et principal handicap de nos PME et PMI dans la compétition internationale. Sur ces deux points, l'opposition fantasme que le "ciel va tomber sur leurs têtes"*, et la majorité est également saisie par le doute, surtout à propos de la compensation d'une taxe profes sionnelle amputée sévèrement. Le manque de transparence des intentions de l'État à long terme déconcerte les élus locaux. Il est difficile de changer d'habitudes, même mauvaises. En ce qui concerne la Poste, c'est, à entendre l'opposition et les syndicats, la disparition des services postaux dans les campagnes et les petites bourgades. C'est déjà fait en ce qui concerne les bureaux, mais, pour le moment, le courrier est régulièrement distribué. La baisse du volume du courrier proprement dit (le téléphone et la messagerie internet en ont capté une bonne partie) est compensée par la distribution de publicité. Cependant, il est sûr que ce mode de distribution de porte à porte est gaspilleur d'énergie, à une époque qui s'interroge sur l'avenir du moteur à explosion.
Pour revenir à Gérard Larcher, promis au martyr ou à la question, en raison de sa présidence d'une assemblée "qui empêche de gouverner en rond", la définition que se donnait Raymond Barre, Premier Ministre de Giscard D'Estaing, "un homme carré dans un corps rond", lui convient parfaitement.
À la fois, il a revendiqué la légitimité d'un débat parlementaire prolongé sur ces graves questions, défendant les sénateurs de l'opposition de l'accusation tentante de pratiquer l'obstruction, approuvant les inquiétudes de ceux de la majorité réclamant plus de clarté au gouvernement sur la question des recettes de remplacement, mais reconnaissant la nécessité des réformes entreprises par Nicolas Sarkozy. Parmi lesquelles, celles qui sont présentement en discussion, et celle, annoncée, de la réforme des collectivités territoriales.
Il a conclu sur le souhait, très explicite, que le Président demande le renouvellement de son mandat en 2012, car "nous avons besoin d'un Président énergique". Le tout avec un calme inébranlable et un sourire enjôleur.
Sceptique
* Fantasme gaulois rappelé par Xavier Bertrand;
08 novembre 2009
Cher Jacques...
Lorsque Jacques parait, le cercle de famille(politique) applaudit à grands cris.
Surtout que, maintenant, c'est le grand frère, qui, ayant pris sa retraite, respecte les plates-bandes des puînés, et celles des neveux et nièces. Celui qui possède vraiment le droit d'aînesse est encore vivant, mais les honneurs qui lui sont accordés sont dépourvus d'aménité. Avec l'âge, il est même devenu libidineux. Shocking!
Donc, frère Jacques est revenu de vacances, et il a trouvé dans sa boite aux lettres une assignation à comparaître devant un tribunal correctionnel. Tout le monde avait vu le facteur remettre la lettre recommandée à la concierge. L'indiscrétion habituelle de la corporation judiciaire avait mâché le travail des médias. Dans la plus reculée chaumière du plus lointain cousin issu de germain, on savait qu'une des célébrités de la famille aurait à répondre....de son esprit de famille, justement.
La famille (politique) est grande, et, de ce fait, a perdu de son unité. On sait le mal qu'y font les "pièces rapportées". Des deux sexes, mais principalement encore, du masculin. Qui détournent le fils ou la fille de l'élémentaire solidarité, en toutes matières, mais surtout sur les questions de gros sous.
Ce qui fait qu'à propos de ce procès, les voix sont discordantes. Elles vont du: "c'est de la vieille histoire"(du temps où Jacques assumait tout seul sa nombreuse famille, à Paris), à"il faut que la justice passe", des pièces rapportées, qui se permettent de faire la morale.
La meilleure colle pour rassembler les morceaux de famille, porte la marque "Hypocrisie". Elle se vend toujours très bien. Dès son retour, il a reçu du "cher Jacques" de tout le monde, y compris du cadet qui a pris sa place à la tête de la famille, à la suite de son départ en retraite. Mais le "cher" Nicolas ne fait pas l'unanimité. Depuis qu'il dirige les affaires de la famille, il est accusé d'avantager sa propre lignée. Tout le monde l'a fait avant lui, y compris le frère Jacques, et bien sûr, Valéry, l'aîné boudé, et le cousin François, qu'une crise familiale particulièrement grave avait placé en tête des affaires. Ce François là n'est plus de ce monde.
Donc, Nicolas trouble la paix de la famille. Ce serait prendre position, être partial, que de dire pourquoi. Les beaux-frères et les belles soeurs sont particulièrement déchaînés.
Or, être contre Nicolas, cela peut se traduire par des flagorneries appuyées adressées à Jacques, le grand frère qui n'a pas fait de vagues. Ségolène et François, tous deux "pièces rapportées", y sont allés du compliment. On a vu ce François et Jacques s'échanger de doux pavés de papier imprimés, à Brive, se complimentant mutuellement d'avoir trouvé le temps et la matière de faire un livre. Par contre quelques jeunes entrés récemment dans la famille ne dissimulent pas leur mauvaise intégration et leur envie d'y "foutre la merde". C'est tous les anciens qui mériteraient le sort du Tsar de toutes les Russies et de ses proches*.
Pourquoi ne pas profiter de la célébrité de Jacques, pour faire de l'ombre supplémentaire à celle de Nicolas, et montrer à quel point Ségolène et François sont bien élevés, et pourraient, l'un ou l'autre, reprendre en mains les affaires de la tribu? Jacques a eu l'élégance d'inviter son puîné et rival Nicolas à une fête. Nicolas, averti, on ne sait par qui, de la manoeuvre en cours, n'a pas mégoté sur les compliments au cher Jacques.
Rien n'est joué, donc!**
Sceptique
* Depuis ce triste événement qui approche du siècle d'ancienneté, la famille tsariste au grand complet a condamné le crime et donné une sépulture digne aux victimes.
**politique-fiction inspirée par le dernier "Politiquement show", dirigé par Michel Field, sur LCI
07 novembre 2009
Quand l'ONU s'en va...
Les fauteurs de guerre du siècle dernier ont commencé par bafouer la Société des Nations, et, leurs menaces grandissant, les dirigeants des nations ont du reprendre en mains les affaires internationales, et se préparer à faire la guerre, à peine sortis de la précédente.
Cet échec de la première institution internationale permanente n'a pas découragé les vainqueurs de la deuxième guerre mondiale du siècle (XXème). Sitôt la paix revenue, sans tarder, les fondations de l'ONU ont été coulées.
Que la guerre "froide" qui a suivi de peu la précédente n'ait pas débouché sur une nouvelle guerre chaude ne doit rien à l'organisation embryonnaire et balbutiante. Seul le rapport de forces entre l'Amérique et l'URSS a maintenu la majeure partie du monde en paix, les "matchs de qualification" se déroulant sur des terrains lointains, tant du bloc soviétique que du champ couvert par l'OTAN. Les guerres de décolonisation étaient soutenues par l'URSS, mais l'Occident ne faisait pas bloc autour de ses membres, en difficultés avec leurs colonies. Rares ont été ces dernières à adopter durablement la religion communiste après leur indépendance. Le dollar n'avait rien perdu de ses charmes. L'Oncle Sam n'était pas radin.
Ce n'est en fait qu'après la chute du communisme et la dislocation du camp soviétique que l'ONU a été priée de remplacer "les" grandes puissances, réduites à une seule, dans la résolution des conflits locaux, éclatant à la faveur de la disparition de leur protecteur, qui usait de sa force pour rétablir la cohésion. Un peu partout, les "casques bleus", assignés à l'impuissance, furent mis en échec, et les conflits les plus durs, comme ceux de l'ex-Yougoslavie, furent repris en mains par l'OTAN, débarrassée de son adversaire de l'Est.
L'avantage visible de l'ONU, c'est qu'aucun état n'en est en principe exclu, sauf exceptions, comme Taïwan, le Kosovo, et plus récemment l'Abkhasie et l'Ossétie du Sud, résultant de l'amputation de la Géorgie. J'en oublie peut-être. Malgré ces exceptions, qui ne sont pas pour autant des proies sans défense, les pays qui ont maille à partir avec l'ONU, dont ils sont membres à part entière, ne peuvent invoquer un total arbitraire de la part de l'organisation.
Les forces "prêtées" par les nations à leur organisation, l'ONU, ne sont pas vraiment efficaces, dès lors qu'elles se confrontent à des ennemis sérieux et combatifs. Des soldats qui n'ont pas le droit de tirer, face à d'autres, qui se servent de leurs armes, ne font pas le poids.
L'Amérique, seule super-puissance dans le monde jusqu'au réveil du nationalisme Grand-Russe, a pris l'habitude d'intervenir en fonction de ses seuls intérêts ou de ses seuls sentiments, sans s'occuper d'une ONU dont il ne pouvait rien sortir. Par contre, l'organisation internationale a continué d'assurer ses services humanitaires au profit des peuples pris dans des guerres locales, cohabitant de fait avec "l'occupant" américain. Les actions violentes contre l'ONU, commises par les organisations terroristes ou les mouvements de résistance, sont elles destinées à maintenir la confusion dans l'esprit des populations, ou tiennent-elles à un radicalisme: faire partir TOUS les étrangers, quel que soit l'intérêt pour le peuple qui subit la guerre, de leur action, humanitaire, sanitaire, alimentaire, éducative?
Le retrait d'Afghanistan d'une partie des expatriés de l'ONU, à la suite d'un attentat ciblé, est un signe inquiétant, parmi tous ceux que l'actualité met sous nos yeux, chaque jour. C'est le premier signe concret de découragement, d'une institution qui n'est ni militaire, ni d'essence humanitaire, c'est à dire prête à prendre des risques pour effectuer sa mission. La guerre menée par les américains, impliquant l'OTAN, n'a pas l'appui franc de la population et d'un gouvernement inspirant la confiance. La bonne tactique, donnant le meilleur résultat pour un minimum de pertes militaires et civiles, n'est pas encore au point. L'arrière a déjà perdu le moral, les soldats de métier qui combattent connaissent un doute qui les affaiblit.
Pourtant, un décrochage, un abandon de cette région à la libre disposition de l'islam radical et offensif lui donnera une crédibilité nouvelle face à l'occident. D'autres offensives, des retournements d'alliances, pourront se déclencher contre les États-Unis et leurs partenaires, y compris une guerre du pétrole qui viendrait aggraver la crise économique que nous subissons depuis un an et qui donnait des signes de sortie.
Le départ d'Afghanistan des agents de l'ONU n'est pas critiquable, mais c'est un symptôme inquiétant.
Sceptique
05 novembre 2009
Sécurité: un marché?
La sécurité, et son contraire, l'insécurité, seraient elles des productions, des biens périssables, pouvant faire l'objet d'un marché, avec ses principes d'offre et de demande, ses procédés de "marketing", ses campagnes publicitaires?
Les producteurs sont identifiables. Ceux de l'insécurité sont, non seulement les voyous, de toutes envergures, de toutes méthodes vouées à la prédation ou aux trafics illicites, mais aussi ceux qui pratiquent assidûment ou occasionnellement l'incivisme sous toutes ses formes.
Ceux de la sécurité sont les policiers, gendarmes et juges, chargés de prévenir, de faire cesser, et de punir, les actes criminels, délictueux, ou contraires aux lois, mis sur le marché par les précédents. Les régulateurs du marché sont les politiques, choisis par les actionnaires, nommés, dans ce cas précis, électeurs.
Si le marché de l'insécurité est le domaine de PME, de PMI, et même d'auto-entrepreneurs, parfois liés dans un GIE (groupement d'intérêts économiques), la sécurité est trustée par deux grandes sociétés concurrentes, La Droite S.A., et La Gauche s.a.r.l. Ces deux grandes sociétés, cotées en bourse (électorale), se livrent à une concurrence acharnée pour la conquête ou la garde du marché. Les campagnes de publicité, et de contre-publicité, se succèdent. Les enquêtes de marketing permettent à l'une et à l'autre de connaître les attentes des acheteurs. Attentes qu'il faut éviter de satisfaire complètement, sous peine de saturer le marché, et de mettre au chômage tous les petits artisans de l'insécurité.
À ce propos, le cynisme de La Droite S.A. est évident. Cette société n'a de cesse de prôner la disparition pure et simple, par faillite, des entreprises d'insécurité. Elle lance, presque quotidiennement, sur le marché, des produits insécuriticides présentés comme foudroyants, radicaux, à effet rémanent, mais chers.
Au même rythme, La Gauche s.a.r.l dénonce les insuffisances, mais surtout les effets secondaires indésirables des produits proposés, non seulement sur les populations innocentes, mais sur les entreprises artisanales d'insécurité, dont la faillite viendrait grossir la population en situation de précarité, non concernée par l'insécurité, par définition.
Elle prend, aussi, fait et cause, en raison de son éthique fondamentale, contre le surmenage des VRP et des livreurs employés sans ménagement par La Droite S.A., dont le point faible serait sa gestion des ressources humaines.
La Gauche s.a.r.l. met en avant ses méthodes douces, son respect de l'insécuri-diversité, la réduction des taux de plomb* et de résidus de poudre dans l'air respiré, par l'abstention des méthodes coercitives de part et d'autre**.
Sceptique
*La référence à ce métal est obsolète mais encore parlante. Que l' American Rifle Association ne s'en émeuve pas!
**D'aucuns imaginent que si la police, au sens large du terme, n'était pas armée, les voyous ne seraient pas dans la nécessité de l'être. Des jouets en plastique seraient suffisants pour la plupart des opérations de prélèvement.
04 novembre 2009
Claude Lévi-Strauss
Le monde des sciences humaines rend hommage à Claude Lévi-Strauss, qui vient de disparaître. Il me semble cependant qu'il a été interprété de manière passionnelle pour ses avis d'ethnologue plutôt que pour ses découvertes d'anthropologue.
Son jugement selon lequel les peuples indiens de l'Amazonie ont accompli l'exploit de traverser des millénaires dans une parfaite harmonie avec la nature, ne répond pas à la question "pourquoi?". Aucun "peuple" de cet immense territoire équatorial couvert de forêt primitive n'ayant dérogé à cette règle, on doit supposer que c'est la nature, la géographie, qui n'a pas permis, ou pas imposé la nécessité, qu'il en soit autrement*.
Son interprétation du tabou de l'inceste, qu'il a nommé "fait de culture universel", a été mise à mal par les observations des éthologues**, qui ont mis en évidence l'évitement de l'inceste ch ez les primates et d'autres espèces, dans le milieu naturel. Ce qui autorise à penser que l'interdit de l'inceste résulte de la nomination par l'homme d'un comportement naturel, tandis que l'évitement disparaît chez l'animal domestiqué ou en captivité.
Les règles de parenté, qui s'adossent à l'interdit***, mais avec une complexité très variable, sont, elles, des faits de culture.
Il me semble que la pensée de Claude Lévi-Strauss a séduit tous ceux qui, contestant la vision religieuse de l'histoire de l'humanité, avaient cependant du mal à ne voir en l'homme qu'un animal ayant suivi un itinéraire particulier. Là encore, il n'est pas possible de répondre rationnellement à la question "pourquoi?". Le recours à la décision d'une divinité a été longtemps le seul possible. Son abandon nous ramène à un "c'est comme ça!"
Il n'y a plus vraiment lieu d'opposer la nature et la culture. C'est le saut qualitatif fait par la nature, qui a doté l'homme d'une aptitude au langage, socle de toutes les cultures. Opposer la nature "tout court" aux cultures humaines, surtout quand elles comportent la capacité de transformer le milieu, constitue une façon de contester l'appartenance de l'homme à la nature, d'en faire son ennemi (à abattre!).
Sceptique
* Sur les terres émergées, on peut distinguer deux sortes de surfaces: les utilisables; les utilisables ET transformables. Les premières sont les déserts de toutes natures (secs, glacés, forêts équatoriales). Les premières cultures, les premières économies, ont traité également toutes les surfaces. Pour passer à la transformation l'homme a du inventer d'autres techniques, dont le perfectionnement lui permet maintenant de transformer les déserts, d'en exploiter les richesses cachées. Les forêts équatoriales possèdent le caractère particulier de limiter la portée de la vue, et de faire obstacle aux déplacements, ce qui aggrave l'isolement des groupes humains qui s'y installent. La dimension du groupe a un rôle dans ses besoins de structuration, la spécialisation des rôles, l'enrichissement culturel.
**Les éthologues sont les observateurs des comportements, des animaux dans le milieu naturel, des humains à leur insu.
***Dans la nature, l'évitement de l'inceste ne peut être sûr qu'entre "mère" et "fils". Dans les sociétés humaines, l'interdit s'étend à tous les liens de parenté, "verticaux" et "horizontaux": père-fille, frères-soeurs, et au delà, à des degrés variables, tendant à se réduire, au sein des cultures modernes.
Une citation...
"En l'absence d'un leader charismatique, nous sommes portés par la colère plus que par l'espoir....Il faut un leader qui ne passe pas son temps à dire que le Président a tort, qu'on va à l'abîme avec le déficit et qu'on va tous mourir. Il faut quelqu'un qui montre la sortie."
À qui attribueriez-vous ce discours pétri de doute sur la posture d'opposition systématique? À Manuel Valls, l'électron libre du Parti Socialiste?
Non, à bien chercher, il n'y en a pas d'autre. François Hollande, à l'occasion de ses plus récentes confidences, s'accroche à la méfiance de principe envers toute personnalité émergente, reprochant même à François Mitterand ses excès en la matière. Au même moment, Pierre Moscovici en désigne une par périphrases, mais en cas de désistement de son favori, se proposera lui-même.
Cette phrase, qui pourrait sortir de la bouche d'un socialiste saisi par le pragmatisme, l'acceptation de la nature humaine, est l'aveu d'une personnalité du Parti Conservateur américain, Bob Inglis, qui, du coup, se trouve débordé sur sa droite, par plus "obamaphobes" que lui*.
J'ai été frappé par cette ressemblance des discours des oppositions américaine et française. Ressemblance qui concerne aussi d'autres couples majorité-opposition, en Europe.
Tant il est vrai que nous appartenons tous à une espèce unique: homo. Sapiens, sapiens, comme nous l'auto-proclamons!
Sceptique
*Le "Monde" du 1er et 2 Novembre 2009, page 5 (International)
02 novembre 2009
Pierre Moscovici au Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro
Pierre Moscovici a été la vedette de ce Dimanche soir. Des extraits de sa prestation ont été repris par tous les journaux télévisés. On peut attribuer cet intérêt subit, à l'opportunité de la parole d'un homme de gauche qu'on peut reconnaître comme modéré, dans un moment plutôt agité et brouillé de notre vie politique, mais aussi à l'aisance manifestée dans l'exercice.
Ayant gardé le souvenir de son précédent passage dans cette émission dominicale, il y a un peu plus d'un an, j'ai le sentiment que Pierre Moscovici a gagné en maturité, en aisance, en capacité d'analyse. Qui ne va quand même pas jusqu'à reconnaître ce qui n'entre pas dans les intérêts du Parti Socialiste.
Il reste fidèle à son aîné en politique, Dominique Strauss-Kahn. Et au sujet de ce dernier, sa contradiction sera pointée. Défendant, en homme de l'opposition, "l'indépendance" du juge d'instruction, exprimée aujourd'hui aux dépens de Jacques Chirac, envoyé en correctionnelle pour des faits limites de sa gestion de la ville de Paris, Étienne Mougeotte lui fait remarquer qu'un juge d'instruction a contraint à une parenthèse Dominique Strauss-Kahn, pour rien, la parenthèse s'étant refermée sur un non lieu. Nettement secoué par cette "vérité", il en entendra d'autres à propos d'affaires récentes, et sur les garanties d'indépendance des actions en justice, impliquant les procureurs, présumés suppôts du gouvernement du moment. "Il n'y aura plus d'affaires", rappelle-t-il. Comme celle d'Outreau, peut-être bien?
Il attaque la proposition de débat sur l'identité nationale, désiré par le Président Sarkozy et porté par le "traître" Éric Besson, ce qui ajoute aux motifs de refus par son Parti. Et l'avis favorable de Ségolène Royal? Cela fait partie de son projet politique, depuis sa candidature à la présidentielle, mais "elle se trompe".
Il fait montre de perspicacité à propos de la réforme des collectivités territoriales. Il perçoit l'intention de revenir à une certaine dose de centralisation, et à un mode de scrutin avantageant moins les coalitions hétéroclites, ame nées à négocier les donnant-donnant nécessaires à leur harmonie, ce qui se traduit par des coûts supplémentaires. Le scrutin majoritaire à un tour, à l'anglaise, favorisera le bloc UMP, toujours plus étoffé que les autres, mais vaincu par la coalition surenchèrissante des opposants.
La taxe professionnelle, si elle est un handicap pour l'industrie, fait la tirelire des collectivités territoriales, dans laquelle puisent les élus de gauche de tous rangs. Intérêt "national"(la compétitivité des entreprises) contre le "local" (le budget des communes industrialisées), "il n'y a pas photo": c'est le local qui prime, car la promesse de l'État de compenser le manque à gagner ne sera pas tenue. De plus, les communes concernées perdront l'autonomie de décision qu'elles possèdent: lancer des projets dont le financement est garanti par la T.P. Elles seront obligées de "mendier" le financement auprès de l'État.
La taxe professionnelle n'a pas fait disparaître la mendicité à l'intérieur de la communauté "France". Bien au contraire, elle a aggravé la situation des communes rurales, dépourvues d'activités redevables de la Taxe Professionnelle. Elle doivent maintenant mendier auprès des départements et des régions, dominés par les élus des quelques villes où se concentrent les activités rentables (de ce point de vue). La péréquation du produit de la T.P., des plus riches vers les plus pauvres est limitée, et les subventions votées par les conseils généraux et régionaux, sont indispensables. Elles sont plafonnées à 3.000 euros par an. Avec quoi, aujourd'hui, on ne peut faire grand chose.
En passant, Pierre Moscovici se moque de la référence à la ruralité, socle de notre histoire, qui aurait un relent de "pétainisme". C'est pourtant la réalité de la majorité des 36.000 communes de France, qui hébergent un nombre de plus en plus faible d'agriculteurs, mais une quantité régulièrement croissante d'amateurs d'espace, de verdure, d'air pur*. Ces amateurs empêchent les petites communes de mourir, mais ils ont des besoins(école, cantines, et transports scolaires, services publics divers) dont il faut quémander le financement à l'échelon supérieur. Quant à la place de notre fond rural dans notre histoire et dans notre mentalité, elle est évidente, même enfouie et oubliée.
N'oublions pas la bataille à l'intérieur du Parti Socialiste, qu'il faut sauver, et où il faut se faire une place avantageuse. La difficulté est grande quand la référence au "collectif" est obligatoire. Comment faire dépasser sa tête quand elle risque d'être rabattue? Pierre Moscovici n'affiche aujourd'hui que des ambitions prudentes et conditionnelles. Tout dépendra, en fait, de la disponibilité de D.S.K. au moment de la prochaine échéance présidentielle.
J'avais noté, l'année dernière, que l'effigie du Président Sarkozy avait été criblée de flèches. Il me semble que cette année, il y en a eu moins. Mais, de toute façon, une effigie, ça ne meurt pas!
Sceptique
*Par tête, les ruraux polluent plus que les citadins. Mais le vent nettoie bien.
01 novembre 2009
Médecine: voici la Prescription Assistée par Parlementaires
Ils auraient pu ajouter, tant qu'ils y étaient, l'interdiction de prescrire les médicaments pas encore généricables, par nature très chers, comme les belles et jeunes femmes. Incidemment, ça ferait partir les industries pharmaceutiques, au grand soulagement des naturopathes et des herboristes.
La prochaine étape, si la désobéissance est constatée, ce sera le visa par le commissaire de police, ou le chef de brigade de gendarmerie, des ordonnances!
Faire de la bonne-médecine-pas-cher, c'est sur, c'est dur! Plus d'une majorité, plus d'un gouvernement, ont essayé d'atteindre ce but enviable, en vain. La plus logique, celle concoctée par la première ministre de la santé du premier gouvernement de François Mitterand, visant à remplacer, en douceur, la médecine dure par les médecines "douces", a tourné court, prise dans le tourbillon de la première crise économique du premier septennat. Après, tous ont fait ce qu'ils pouvaient, avec ce qu'il y avait. Les claques électorales se sont succédées, également réparties entre la belette et le petit lapin. Raminagrobis est un traitre!
Les rapports de la médecine et de la politique, c'est une respiration, ample. Inspiration à fond, au Ministère et/ou, au Parlement. Expiration bruyante, mélange de sifflements et de râles, dans les cabinets et les hôpitaux. La médecine étouffe, le Parlement ne manque pas d'air!
Bon, l'histoire continue, mais les étudiants ont du nez. Ils se pressent à la porte des Facultés de Médecine. Certains vont même porter leur obstination jusqu'en Roumanie. Devinent-ils que le "scrongneuneu" d'aujourd'hui, sera un "petits, petits" demain?
Sceptique
Un dialogue entre Luc Ferry et Jacques Julliard
C'est par hasard que j'ai pu écouter ce dialogue hier soir. Pour des raisons très explicites, le philosophe Luc Ferry manifestait une forte émotion face au contexte de l'actualité politique. Son pessimisme saisissait divers événements et situations, lourdes de conséquences possibles pour Nicolas Sarkozy et sa majorité.
La dérive personnelle du pouvoir présidentiel, la courtisanerie des interventions de ses ministres et conseillers à propos des divers "couacs" imputés à "la droite", les déboires judiciaires de Charles Pasqua et de Jacques Chirac le désolaient, mais il en défendait la nécessité. "La Justice a montré son indépendance", disait-il avec fermeté.
Ce que j'ai moins compris, c'est son idée que les rats commençaient déjà à quitter le navire sarkozien pris dans la tempête médiatique, et qu'ensemble, ils étudiaient les per spectives d'alternance...dont une au profit de Dominique de Villepin. Ce dernier, selon Luc Ferry, se serait sorti avec avantage de l'affaire Clearstream, et serait en mesure d'être un dangereux challenger en 2012. Il ajoutait que le débat sur l'identité nationale est le rideau de fumée que lance un pouvoir en difficultés, pour occuper la galerie.
Cela dit, il me parait nécessaire de prendre du recul par rapport à ces alarmes.
Le pouvoir personnel est inscrit, sinon dans le texte, du moins dans l'esprit de la constitution de la Vème République. Le Général de Gaulle en a largement usé, et ses contestataires ne s'y sont pas trompés. Ses successeurs ont apporté leur touche personnelle à l'exercice de leur présidence. François Mitterand, contempteur de la Constitution gaullienne, ne l'a plus contestée, sitôt élu.
Nicolas Sarkozy a poussé de quelques crans cette logique. Sans surprendre quiconque. Il l'avait annoncé, et cette dynamique personnalisée a été validée par les électeurs. Sa challengère aurait fait de même, il n'y a aucun doute à avoir sur ce point. Parce que, dans la situation de blocage de notre société, c'était, et ça l'est toujours, une nécessité.
Nicolas Sarkozy s'expose en permanence aux critiques, aux déçus, aux frustrés, aux jaloux, aux opposants "structurels" et "circonstanciels". Les insultes et les moqueries abondent. Responsable de tout, il assume tout, ne passe jamais la patate brûlante à quiconque. Ses adversaires ont les yeux rivés sur les sondages. Lui, peut-être aussi, mais il ne paraît pas en tenir compte, assumant son impopularité. N'est-il pas normal que ses ministres réaffirment leur solidarité, leur fidélité? D'un point de vue moral, ça se défend. Les mutineries ne font pas avancer les bateaux plus vite, vers le meilleur port.
Quant à son "challenger" auto-proclamé (entre autres*), Dominique de Villepin, je ne comprend pas comment on pourrait oublier les erreurs qu'il a conseillées et celles qu'il a faites en personne comme premier ministre. Sa défense dans le procès "Clearstream", consistant en un déni absolu, de A à Z, en dépit des autres témoignages, est LA méthode adoptée par tous les prévenus, de nos jours, même par ceux qui ont semé leur ADN sur leur passage sanglant. Sa posture ne suffit pas à faire de lui un innocent.
L'indépendance de la justice l'est par rapport au pouvoir politique, et c'est évidemment une bonne chose. Mais le juge d'instruction, appartenant à l'humanité, l'est-il par rapport à sa conviction intime, à sa propre sensibilité politique, philosophique, religieuse? Ces convictions préalables, et/ou celles des enquêteurs, ne sont elles pas à l'origine de TOUTES les erreurs judiciaires qui se produisent en France, un peu trop régulièrement? Il est reconnu par bon nombre de magistrats, y compris d'anciens juges d'instruction, que la solitude de ce professionnel est un grave point faible.
Toute la glose qu'on peut consacrer à la vie politique en France n'apporte de solution à la situation de fait qui porte en elle la logique de l'INACTION TOTALE. La coupure de notre peuple passe, avec une petite marge de fluctuation, en son milieu. Cinquante, cinquante. Notre pays est mathématiquement ingouvernable. Seul l'artifice constitutionnel de la Vème République et son système électoral majoritaire permettent de confier le pouvoir à un vainqueur, à partir d'un écart de nombre de voix de quelques pour cent. La situation d'aujourd'hui peut effectivement être interprétée comme l'annonce d'une alternance inéluctable. Elle a une ancienneté proche de deux ans et demi! En quatrième République, on en serait déjà au cinquième ou sixième gouvernement! Comment peut-on être nostalgique d'une telle impuissance?
Sceptique
* Il y a en permanence, en France, à peu près vingt-cinq millions de présidentiables, qui n'osent pas le dire.
31 octobre 2009
Grippe A, H1, N1, et ses délires
Pendant que l'Ukraine, prenant de plein fouet l'épidémie, avec plusieurs cas mortels, s'affole, en France, on s'interroge gravement pour décider si cette grippe résulte d'une guerre bactériologique ou d'une opération marketing de l'industrie pharmaceutique. Il est en tout cas formellement exclu par des scientifiques auto-proclamés qu'il s'agisse d'un nouveau virus, inconnu par nos systèmes immunitaires, et dont l'effet soit comparable à celui d'un billet de loterie: on gagne, ou on perd. Sa vie, sa femme, ou son enfant. Le vaccin est pire que le mal, point barre.
Parmi eux, il y a, malheureusement, d'authentiques diplômés des facultés de médecine, ayant prêté le serment d'Hippocrate. Dont ils n'ont "rien à cirer", selon une formule célèbre. Et leur responsabilité de garants de la vérité "médicale", celle du moment, de 2009, bien sûr, ne semble pas les faire douter de leur participation à la désinformation. Or, il est évident que si un "Docteur" doute, pour lui-même pour commencer, pour ses patients, par souci de cohérence, et qu'il le fait savoir, sur les ondes ou sur Internet, cette contagion là sera certaine.
L'Ukraine est un pays encore très pauvre, vivant sous la menace permanente de son ex-maître russe, de se faire couper le chauffage. Elle n'a pas eu les moyens, elle, de commander de quoi fournir une à deux doses de vaccin à chacun de ses habitants. Ni davantage de stocker du Tamiflu. La population, inquiète, fait le siège des pharmacies et se plaint de cette carence. Il est sûr qu'elle ne cracherait pas sur ces moyens si elle en disposait.
Si des vies n'étaient pas en jeu, on pourrait ne voir là qu'un trait banal de nos sociétés développées et gâtées, où la vérité appartient à tout le monde, à un niveau égal avec les experts. Les conséquences humaines sont faibles ou nulles habituellement, mais des débordements délirants concernant l'alimentation ou la santé font régulièrement des victimes parmi ceux qui n'en peuvent mais, les enfants. Comme nous sommes un pays de liberté, la protection de l'enfance n'intervient trop souvent que post-mortem.
Nos conditions de vie, notre offre de soins, de ville et hospitalière, vont peut être faire de notre pays et de quelques autres en Europe de l'Ouest des paradis sanitaires, et on ne s'en plaindra pas. Mais ce n'est pas inscrit dans nos gènes, et le potentiel malfaisant de cette grippe, qui se montre ailleurs, sans prendre de proportions terribles, il est vrai, ne change pas en passant notre frontière. Comme les virus ont le défaut d'être instables, l'immunité acquise d'une population doit être massive et renouvelée, pour constituer une défense solide. Pourquoi ne pas commencer dès maintenant?
Sceptique, pas pour tout.
Il va sans dire que j'approuverai notre gouvernement, s'il cède, une fois dûment constatée notre pusillanimité nationale, ses excédents de vaccins à des peuples moins bien pourvus. Leur coût sera transféré du budget de la santé à celui de l'aide internationale.