Le grand biologiste Stephen G. Gould décrivait dans un de ses ouvrages l'évolution, de cette façon saisissante: un ivrogne qui titube sur un trottoir bordé par un mur: il ne peut tomber que dans le caniveau!

Il ne voyait, bien sûr, que le sort promis aux espèces, qui se forment et se transforment, sans nécessité évidente, et dont certaines, finalement ratées, tombent dans le caniveau impitoyable de la nature et disparaissent. En fait, comme il se dit à l'annonce d'un décès inattendu:" ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers!"

Voilà pourquoi nous regrettons tant les dinosaures, disparus bien avant notre propre apparition.

Nous n'y pensons pas sans un serrement de coeur: ce qui leur est arrivé nous pend au nez. Idée qui, d'ailleurs, a ses chauds partisans. Ce sont les saints parmi nous, puisqu'ils utilisent leur intelligence pour faire le procès de leur propre espèce et planifier sa disparition pour cause de: "abus de position dominante", "abus de faiblesse des victimes", "trouble de l'ordre biologique". Mais, tout saints qu'ils sont, ils s'accrochent quand même, pour ce qui les concerne.

L'évolution nous a, hélas, doté de nombreux vices, regroupés par commodité en sept grandes catégories, chacune constituant un gros dictionnaire in-quarto. Mais cette épaisse nomenclature est unifiée par un principe: le DÉSIR.

Ce désir, qui gagne à tous les coups chaque compétition qui l'oppose au besoin, ne peut être qu'un avatar, monstrueux, de l'évolution. Les péchés qu'il inspire ne sont pas mortels que pour l'âme!

"Toujours plus!" rappelle sagement François de Closets. En vain! C'est un vrai prophète!

Ce "toujours plus", trait invisible mais essentiel de notre espèce, fait concrètement des morts par dizaines de mille, rien qu'en France: excès de vitesse, d'alcool, de bonne chère, de curiosité malsaine, de défi aux forces de la nature.

Suivre sagement le mur qui borde le trottoir, le ventre léger d'un repas frugal, la matière grise libre de toute substance euphorisante, et, bien sûr, les bourses plates, voilà le programme conseillé par les bons médecins et les austères de tout poil.

Mais il est ennuyeux au possible et la plupart des humains s'en détournent, préférant brûler la chandelle de la vie par les deux bouts. Parmi eux, il y a tous ces spéculateurs enfiévrés de la bourse qui ne rêvent que de coups fumants, de pactoles gagnés par quelques clics. Ce sont les "addictifs" du fric.

Tant va la cruche à l'or qu'à la fin elle se casse. Le problème politique, c'est qu'elle entraîne trop de monde dans sa chute, à cause de la densité du métal. Il faut ramasser un maximum d'ivrognes avant qu'ils meurent, et les dégriser.

Pour le moment, le principe de vertu triomphe. La "moralisation" de la finance est en marche. Il faudra fabriquer des corsets plus solides. Nous disposons de dix ans 1) pour nous en remettre. 2) pour oublier.

Sceptique