Depuis le conflit géorgien, inauguré par un piège dans lequel Saakachvili , Président de la Géorgie, est tombé, et qui a bien failli se terminer par la reprise de contrôle de son pays par une Russie dopée par l'argent pétrolier, et revancharde, le duo qui mène en bateau l'Occident et ses protégés, n'en finit pas de souffler le froid et le chaud dans les instances internationales qui les mettent en présence de leurs ennemis intimes.

L'action prompte, ferme, et convaincante du Président Nicolas Sarkozy, au nom de l'Union Européenne, que la France préside jusqu'à la fin de l'année, a permis de sauver l'essentiel, l'indépendance de la Géorgie, le libre choix de ses dirigeants, et, non sans mal, l'usage sans entraves de ses voies de communication et de son unique port important sur la mer Noire.

Mais il est probable que la nécessité d'une entente avec l'Europe, principale cliente de la Russie, et capable d'aider à sa modernisation, et le désir des russes de fissurer le bloc occidental, ont contribué à l'efficacité de la médiation française, sans altérer les mérites du négociateur. Ce qui est consenti à l'Europe vaut pour l'allié américain, pris à contre-pied par l'invasion de la Géorgie.

Le grand frère Poutine en veut particulièrement à G.W.Bush, et se fait un évident plaisir à agiter sous son nez l'impayable président iranien, ses provocations atomiques et anti-israéliennes. Jusqu'au krach de Wall Street, dont la gravité a contraint le Président des États-Unis à s'occuper en priorité de son pays, G.W. Bush a pratiqué une politique ambigüe à l'égard de la Russie, prétextant la menace iranienne pour justifier des implantations militaires "défensives" sur les marches de la Russie, et des propositions (intenables) faites à ces pays( Géorgie, Ukraine) de se placer sous la bannière de l'OTAN.

Dans le camp russe, les sentiments d'humiliation, liés à la condescendance occidentale, qui met en exergue les faiblesses d'une société russe très abîmée par quatre-vingt ans de communisme*, se mélangent à la fierté de tenir enfin un avantage sur le Maître qui donne des leçons: ses besoins en gaz et en pétrole.

Les États-Unis se sont accroché, grâce à leur Président républicain, tellement de casseroles à leur basques (Irak, Afghanistan, débâcle financière), que les derniers mois de Bush sont plombés par ces handicaps. Il est donc facile, pour les russes, de ne pas bouger le petit doigt à son avantage, et de pousser le peuple américain à choisir l'alternance en la personne de Barack Obama, le challenger démocrate.

Ce dernier a pour lui une intelligence évidente, et une volonté de résoudre un maximum de crises léguées par l'administration Bush par la négociation directe, sans ostracisme. Je retrouve, dans cette intention, le pragmatisme gaullien que pratique aujourd'hui Nicolas Sarkozy.

Évidemment, rien n'est gagné d'avance (on l'a vu pour nous avec l'incertain Khadafi), mais c'est un réel progrès humain que d'essayer dans n'importe quelle circonstance, et avec tout homme, quelle que soit son image.

Sceptique

*Voir ma note:"Géorgie: un point de vue d'André Glucksmann"