Il y a déjà près d'un siècle que pour ceux qui s'intéressent à l'histoire de l'homme, la cause était entendue: dès que les hommes ont commencé à être nombreux, et que certains avaient des réserves de nourriture, grâce à la découverte de l'agriculture, ils ont commencé à se battre, les uns pour prendre ces provisions qu'ils ne se fatigueraient pas à ramasser, les autres pour les défendre. La suite de l'histoire de l'humanité jusqu'à nos jours atteste que ce sont les seconds qui ont fini par s'imposer.

Mais aucune science ne se considère jamais comme achevée. Chaque découverte d'un site préhistorique apporte de nouveaux faits, des évaluations d'ancienneté, des témoignages sur la vie, calme ou mouvementée, des hommes qui ont aménagé ce lieu et l'ont habité pendant une période couvrant plusieurs générations. Tout est minutieusement fouillé, des tombes aux tas d'ordures.

Il est maintenant possible pour les préhistoriens de reconstituer le développement de cette culture néolithique, qui a combiné sédentarité, agriculture et élevage, et qui a fini par séduire (ou réduire) tous ceux qui n'en étaient pas adeptes.

Il résulte de leurs travaux que ce changement de mode de vie apparut en divers endroits du monde habité par l'homme moderne, qui ne pouvaient avoir aucun contact à cette époque. On est donc en droit de supposer que c'était une potentialité de l'être humain qui nécessitait certaines conditions, locales, pour s'exprimer. Une "niche écologique", "naturelle", en somme.

Celle qui nous concerne, européens, est partie du proche-orient, du territoire actuel de l'État d'Israël. Mais elle a mis quelque TRENTE siècles pour se développer sur place, et VINGT autres pour gagner de proche en proche nos régions d'Europe occidentale. On ne peut imaginer une autre cause de cette progression par petits pas qu'une imitation, qu'une conquête des esprits, reprenant les méthodes de leurs voisins pour créer leur propre niche écologique.

Voilà ce qui ressort du Grand entretien donné au "Monde" (28/29 Septembre 2008) par les Professeurs Jean-Paul Demoule et Jean Guilaine.

Mais c'est leur conclusion, partagée, qui me surprend: nos lointains ancêtres n'auraient pas profité de ce progrès pour inventer une société équitable, redistribuant les produits des récoltes aux chasseurs-cueilleurs tournicotant le ventre vide autour de leurs villages, si je comprends bien. Ce qui a du obliger ces pauvres gens à utiliser leurs flèches et leurs haches pour se servir de force. Le cercle vicieux que nous connaissons bien, puisqu'il n'est pas fini, a commencé.

Couvrons-nous la tête de cendres et regrettons qu'un Olivier Besancenot n'ait pas vécu il y a dix-mille ans pour nous éviter ce "gross malheur"!

Sceptique

Post Scriptum: La biologie semble donner raison à nos préhistoriens! Dans son ouvrage princeps, "Le Hasard et la Nécessité", Jacques Monod remarque que "la vie" fait le choix, dans les substrats où elle puise ses constituants, des variantes "levogyres"(qui dévient la lumière polarisée vers la gauche) des molécules qui peuvent avoir les deux formes. Or, au niveau d'organisation dont dépend sa culture, l'homme a choisi la propriété et toutes ses conséquences: accumulation de richesses, inégalités, sécurité tournée contre les prédateurs. Option qui s'exprime, à notre époque, dans la pensée...de droite.
Il n'y a pas de doute, l'homme a mal tourné!