Que le changement climatique, marqué par un réchauffement global et rapide, soit du à l'activité humaine ou non, il n'en reste pas moins une réalité évidente, qui ne peut échapper à un habitant de la campagne.

Où que vous soyez, dans un endroit quelconque de la planète, peuplé d'hommes, il ne vous faudra pas beaucoup de temps, installé sur un banc ou à votre fenêtre, pour surprendre un ou plusieurs hommes commettant un péché écologique. Variété oubliée par nos codes moraux traditionnels, élaborés à une époque où l'homme croyait que la création avait été faite pour lui et qu'il en avait la libre disposition.

Cette catégorie de péchés a maintenant été dûment ajoutée à la liste des péchés mortels. Et, là, il ne s'agit plus des âmes seulement. Les corps sont aussi concernés.

Que votre regard saisisse votre voisin tondant sa pelouse, un jeune passant à toute allure sur sa moto, un agriculteur traînant avec un énorme tracteur, une énorme machine agricole, un manutentionnaire déchargeant un camion à l'aide d'un chariot élévateur, vous n'aurez qu'un modeste échantillon de ce que l'humanité commet chaque jour.

Comme vous en faites partie, vous ne tarderez pas à entrer dans la danse diabolique pour faire votre ravitaillement au super-marché de la ville voisine.

Gentils, parfois, méchants, habituellement, les observateurs critiques de l'humanité nous rappellent tous les jours que cette civilisation aura un jour une fin, que toute sorte de machine devra disparaître de notre vie quotidienne. Il nous faudra survivre avec ce que nous pourrons trouver à notre porte. Tous veillent farouchement à ce qu'aucune solution permettant d'échapper à ce tragique destin ne voit le jour, ne fasse rêver des humains désespérés par ce futur obligatoire.

Malgré les famines, les maladies, les exterminations féroces, l'espèce humaine n'a jamais cessé de proliférer et d'envahir toutes les parties plus ou moins habitables de tous les continents. Partout, ou presque, elle a développé des civilisations gourmandes en énergie (la fabrication d'une poterie, d'une épée de bronze ou de fer, en exige déjà une bonne quantité). Depuis le dix-neuvième siècle de notre ère, l'inflation démographique et énergétique est exponentielle. Il y a effectivement de quoi s'inquiéter!

Pour le moment, aucun penseur, aucun responsable politique, n'ose aborder cette question fondamentale: la vie de tous les hommes existant sur terre est-elle compatible avec un repli autarcique généralisé, associé à un abandon de tout artefact? Une civilisation écologique mondiale pourrait-elle ne laisser personne au bord de son chemin? Les discours autorisés sont parfaitement lénifiants.

J'ai la faiblesse de ne pas y croire. De ne pas croire qu'une autorité puisse à la fois maintenir une vie austère, voire une disette, et l'ordre public. Les frustrés, les affamés, n'en attendront pas tranquillement les effets, et se jetteront sur les mitrailleuses des vertueux en légitime défense, de leur Loi et d'eux-mêmes. Quelle que soit l'issue du combat, la régression de notre espèce aura commencé. Ira-t-elle jusqu'à sa disparition complète, corps et biens? Nous avons des exemples de civilisations disparues ayant laissé des survivants privés de mémoire. Peut-être, justement, les descendants des laissés-pour-compte, incultes et habitués à la misère, de la période brillante.

Sceptique