Avec une belle régularité, depuis sept à huit ans, notre hymne national est sifflé par des jeunes supporters, lors de rencontres entre notre équipe nationale et son homologue maghrébine, Algérie, Maroc, Tunisie, par ordre d'entrée en lice.

Les siffleurs sont issus de l'immigration, et expriment ainsi "l'amour" qu'ils ont pour la terre où ils sont nés, et dont ils sont des nationaux*.

Comment faut-il comprendre cette haine, cette peur d'assister à la défaite de l'équipe de leur coeur, ce déni d'une identité que beaucoup aimeraient pouvoir échanger avec eux, si c'était possible? Il faudrait pouvoir les entendre, mais ils n'attendent pas qu'on les poursuive pour se sauver, et ils ne se présentent pas au commissariat pour confirmer leur dires. Selon la chanteuse (Lââm) qui a entonné la marseillaise copieusement sifflée, c'est parce qu'ils sont mal traités par la République.

Nous n'avons jamais été vraiment accueillants avec les immigrants, mais c'est bien la première fois que la deuxième, ou même la troisième génération ne s'est pas intégrée.

En tout cas, cette fois ci le Président de la République, garant du respect des symboles de la République Française, s'est fâché, et a promis que la prochaine fois, dès le premier sifflet, le match serait interrompu et le stade évacué. On imagine comment.

Impossible, s'est-on écrié de toutes parts. Alors que les sondages d'opinion établissent qu'au moins 70% des personnes interrogées, scandalisées, sont d'accord avec cette mesure. La raison est peut-être parmi les 30% restants, après tout?

Les parties prenantes du "bizeness" foot-ball sont évidement suspectes de plaider pour leur paroisse. Plus crédibles sont les vétérans des services d'ordre mobilisés pour les rencontres du Stade de France, qui ne se font pas entre amateurs. La force de l'explosion est proportionnelle à la quantité de poudre accumulée, et inversement à la solidité du blindage qui la contient. Laisser s'écouler dans les rues des foules frustrées et déchaînées augmenterait la surface promise à la destruction.

Mais peut-on laisser faire, capituler avant même les premiers sifflets, en cachant les drapeaux, en supprimant les hymnes nationaux? Le nôtre, en particulier?

Ou se tenir prêts au choc, le contenir et le réprimer, en prenant le risque de pillages, d'incendies divers, de confrontations corps à corps?

Ou encore, déménager "à la cloche de bois", retenir la suggestion de Bernard Laporte de faire jouer ces matchs loin des concentrations parisiennes, à la fois par la distance et par la densité de population? La question de la qualité des installations se poserait, sans doute, mais j'ignore, en fait, les possibilités offertes par les déserts français.

La solution immédiate repose d'abord sur les résultats de l'enquête confiée à la justice et à la police. Les images permettront d'identifier un bon nombre d'insolents. Des progrès sensibles ont déjà porté leurs fruits dans des affaires récentes et du même mauvais goût. Les poursuites dont ils seront l'objet, les peines (avec sursis) les mettant en garde contre la récidive, constitueront une première étape.

Il n'est pas souhaitable que les pouvoirs publics se trouvent contraints à ces mesures radicales que seraient l'arrêt du match et l'évacuation du stade.

Le procédé de l'émeute qui semble avoir la préférence de ces jeunes ne pourra jamais aboutir. Il remettra en selle, au contraire, les extrémistes dont les vociférations haineuses s'entretiennent et se confortent sur le net.

Sceptique

* J'ai lu ou entendu que les supporters-siffleurs étaient tunisiens. Je doute que des tunisiens venus spécialement de Tunisie, ou résidant en France, se permettent de telles actions contre le pays hôte. Ce sont plus sûrement des français, éventuellement bi-nationaux, qui ont exprimé leur rancune ou leur nationalisme tunisien.