Hier, les médias nous montraient une Justice martyre et en révolte.

Martyrisée par sa Ministre, Rachida Dati, placée à ce poste par un pouvoir politique ne cachant pas sa volonté de reprendre en mains TOUS les services de l'État, y compris la Justice.

Malgré les affaires qui ont montré les points faibles, sinon de l'institution, au moins ceux de quelques uns de ses membres, auteurs d'erreurs judiciaires par négligences procédurales, les syndicats de magistrats, à l'instar de TOUS les syndicats français, défendent, bec et ongles, le droit à la faute professionnelle. La faute professionnelle, dans la culture syndicale, est toujours la faute de l'employeur, qui a donné trop de travail, qui ne l'a pas assez payé.

La visibilité de la révolte du 23 Octobre 2008, contre l'autoritarisme de la Ministre, qui n'hésite pas à interrompre le sommeil d'un magistrat parce qu'un adolescent, envoyé en prison sur SA décision, s'est suicidé, avait de quoi troubler. Rachida Dati est-elle réellement méchante, tyrannique, d'une cruauté mentale à faire hurler?

Mais voilà qu'au petit matin du 24 Octobre 2008, une nouvelle affaire, pas vraiment très grave, mais totalement inopportune (pour la profession martyre) éclate: un homme prévenu de viols et de séquestration, placé en détention préventive, a déposé une demande de remise en liberté. Celle-ci lui est refusée, mais une erreur de rédaction de la décision du juge entraîne la libération immédiate et non réversible du prévenu.

Quelle est l'erreur? Au lieu de "CONFIRME la nécessité de l'incarcération" c'est le mot INFIRME qui a été écrit.
Il ne reste plus comme pouvoir au parquet que le contrôle judiciaire*. On promet au prévenu que s'il n'en respecte pas les prescriptions...

On connaît malheureusement les faiblesses du contrôle judiciaire. Il fait la part belle à la bonne volonté du prévenu.

Finalement, où se situe le point faible de la profession judiciaire, et de bien d'autres professions qui ont en totalité ou en partie une mission de service public ?

Dans une culture syndicale qui se croit investie d'une mission politique d'opposition systématique à l'État, dont elle oublie qu'il est l'émanation du peuple souverain.

Je choque souvent quand j'affirme que notre société a peu à peu glissé vers la reconstitution, en toute bonne conscience, d'une féodalité en conflit permanent avec le pouvoir national. Les figurations de ce glissement sont mises en relief par la tentative de reprise en mains, jacobine ou bonapartiste, comme on voudra, par l'exécutif sarkozien.

Sceptique

*Le parquet a trouvé la solution: contester la validité de la décision de la Cour d'Appel de Paris pour "erreur matérielle".