La Terre est ennuyeuse en ce moment. Il n'est question que de pluies, d'eau, bien sûr, et torrentielles, ravageuses, mais aussi d'actions, qui semblent se précipiter vers le néant, et menacent l'humanité d'un déluge inversé, un déluge qui nous laisserait à sec!

Les derniers optimistes sont les astronomes, les amoureux exclusifs du ciel. Un amour exclusif est exigeant, et la majorité terre à terre qui régit le monde n'avait guère récompensé leur passion ces dernières années.

Non seulement elle était devenue pingre en matière d'équipements terrestres, et aussi d'explorations spatiales, mais elle avait mis au premier plan le souci d'assurer aux terriens s'agglutinant de plus en plus dans des villes jamais assez grandes, un sentiment de sécurité.

L'homme n'est pas un animal noctambule, et, pour lui, la dangerosité de la nuit n'est pas un mythe. Devenu citadin, il ne se risque à sortir que dans des rues bien éclairées. L'éclairage urbain est pour les communes un investissement et une consommation "incontournables"**.

Une fois perdue leur fonction d'interprètes des intentions du Ciel, il est devenu moins naturel pour les hommes ordinaires et leurs responsables politiques que certains d'entre eux se passionnent pour... le ciel. De grands enfants peu sociables, qui ont des rythmes de vie inverses de ceux de la majorité.

Et ces grands enfants voient leur aire de jeux se rétrécir comme peau de chagrin. Quand les terriens-terriens sont mieux éclairés, les astronomes le sont moins. La lumière des étoiles peine à concurrencer celle des lampadaires. Seuls les professionnels se voient confier des observatoires en plein désert ou sur des sommets montagneux. Les autres recherchent éperdument un petit coin de ciel noir.

Mais soudain l'espoir change de camp. La crise climatique annoncée engage les terriens à réduire leurs besoins en énergie, à chasser le "gaspi". Qui comprend les abus d'éclairage urbain, les gaspillages de flux de lumière qui éclairent un ciel ou des sites naturels qui n'en ont pas besoin.
Et "la crise" enfonce le clou: un sou redevient un sou, les cordons de toutes les bourses doivent être serrées. Il n'y aura pas de petites économies.

C'est le Grenelle de l'environnement qui inspire le projet de loi qui sera présenté au Parlement: il s'agit de réduire la part d'énergie consacrée à l'éclairage urbain, ce qui inclut la suppression du gaspillage de lumière. Moins de lumière pour les terriens, c'est plus de ciel noir pour les astronomes.

Sceptique

* Je dédie ce billet à mon ami Alain P.et à sa femme, fidèles à une passion que nous avons partagée il y a dix ans.

** Il n'y a que dans les petits villages que le sens de l'économie de nos ancêtres est encore vif. Mais ils se font rares, et leur rêve est de grandir, de se faire cités-dortoirs, qu'il faudra éclairer.