Dans les pages "Débats" du Monde daté du 5 Novembre 2008, Monsieur Abdennour Bidar, Professeur de Philosophie, émet un voeu à propos du Forum islamo-chrétien convoqué le 4 Novembre au Vatican par le Pape Benoît XVI.

Ce dernier cherche à réparer les "gaffes" commises par lui-même en tant que "Préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi", chargée de la définition et de la défense de l'orthodoxie catholique, avant son élection au pontificat.

Pour résumer, il avait souligné la supériorité du christianisme en matière de bons sentiments, de charité, de valeurs positives, laissant aux "autres" monothéismes les domaines de l'intolérance, de l'agressivité, défensive, conquérante, ou revendicative, fondées sur leur sentiment de Vérité absolue.

Bien sûr, c'était dans l'intimité de la famille que ces propos étaient tenus, mais les religions ont leur C.I.A, et leurs "révisionistes" patentés. Vérité ou vérités, il y a des choses qui ne se disent pas, en particulier en Europe, où l'histoire a installé une cohabitation irréversible des trois monothéismes, de leurs schismes et de leurs variantes.

Le voeu de Monsieur Abdennour Bidar était que les autorités religieuses rassemblées ne parlent pas doctrines, définitivement incompatibles, mais, tenant compte du tiédissement du sentiment religieux, "stricto sensu", en Europe, cherchent à définir en quoi elles pourraient améliorer le devenir de ce peuple composite, en matière de sens de la vie et d'éthique, sans plus imposer leur direction à leur conscience.

Ce voeu est évidemment fondé sur le parcours personnel de son auteur et son aboutissement. J'en suis au même point, ce qui est pour moi, après plus de deux siècles de réfutation des religions, et un siècle de laïcité, tout à fait banal. Mais j'admire le courage de Monsieur Abdennour Bidar et de tous ceux qui ont suivi le même chemin, dont la religion d'origine n'a pas baissé les bras sur le terrain de la liberté de conscience.

Son voeu est malheureusement vain. Si les "fidèles" sont intimement plus tièdes qu'ils ne le laissent paraître, les religions ne peuvent instituer le droit à la tiédeur. Elles forment une logique fermée, absolue, éternelle, non adaptable à la liberté*, telle que le monde laïque la conçoit. Toutes les religions luttent avec âpreté contre le tiédissement de la foi qui les justifie. Rien de ce qui fait Leur Vérité n'est négociable**. La paix entre elles est imposée par le milieu dans lequel elles sont plongées. Elles le voudraient qu'elles ne pourraient mobiliser les combattants nécessaires pour assurer le triomphe d'une Vérité championne sur un champ de bataille.

Il faut se rappeler que loin de l'Europe, c'est encore possible.

Sceptique

*Le christianisme ne parle que de libre-arbitre, droit (et responsabilité) de ne pas suivre à la lettre les prescriptions de sa religion. La liberté n'est qu'une frontière, garantissant le libre exercice de la religion...qui s'accommoderait bien de l'interdiction des autres.

**Je trouve toujours ridicules les appels au Pape à se montrer enfin tolérant aux évolutions de la vie humaine que sont la contraception, l'IVG, les pratiques de procréation assistée, et bien sûr, l'homosexualité. Il ne peut pas, sans ruiner la Vérité dont il s'est vu confier la destinée.