Les médias, les hommes politiques, surtout ceux de l'opposition, interprètent les propos du Ministre des Affaires Étrangères comme le symptôme d'une banale crise conjugale. Tous ceux qui ne veulent concevoir la vie politique qu'à ce niveau ont leur religion faite.

Le point faible de la démocratie est celui de la parole. Quand parler et dire quoi, sont des questions inconfortables. Ne rien dire serait le mieux, mais contraire à l'esprit de la démocratie. Par le truchement des journalistes, les hommes politiques rendent compte de ce qu'ils font, de leurs difficultés. La traduction livrée au public est nécessairement une trahison. L'emballage et l'étiquetage sont composés en fonction des abonnés. Il en faut pour tous les goûts!

Reconstruisons, en le schématisant, ce que Rama Yade, la secrétaire aux droits de l'homme, a décrit elle-même. Pendant que Bernard Kouchner est dans son bureau, en compagnie de, ou au téléphone avec, X, dictateur d'un pays "incontournable"*, Rama Yade reçoit, réconforte, décore Monsieur Y ou Madame Z, héros, emprisonnés, torturés, de la résistance au dictateur X.

À qui X fait la gueule? À Kouchner!
Un ministre est un homme. Il a droit, lui aussi, aux "droits de l'homme"."Il n'est pas là pour se faire engueuler" aurait chanté Boris Vian.
On retombe encore dans le drame de toute démocratie: l'application stricte des principes, la défense de ses valeurs, sont autant de causes de frictions, avec les autres démocraties, parfois, avec les autres régimes, toujours.

Bernard Kouchner doit ressentir d'autant plus fortement le clivage entre sa fonction et les droits de l'homme, que la coupure passe en lui-même. Mais la mission qui lui est confiée lui impose un choix douloureux: le "French doctor" doit laisser sa blouse chez le concierge du Quai d'Orsay.

On peut le croire quand il se dit saisi par le doute: le Secrétariat d'État aux droits de l'homme doit-il être annexé au Ministère des Affaires Étrangères comme il l'a souhaité, dit-il,lors de la formation du gouvernement?

Ne plus être "annexé à" ne veut pas dire "ne plus exister". Il est sûr que la tâche de Rama Yade est justifiée et qu'elle l'accomplit avec talent.

Où pourrait-elle transporter ses pénates? Je ne vois que l'Élysée. Le Président de la République est aussi un passionné des droits de l'homme, et il a les coudées plus franches que son ministre, même s'il doit mettre les formes avec les "teigneux". Rama Yade ne serait plus secrétaire d'État, mais membre du "brain trust" de la présidence.

Une solution aussi simple ne fait évidemment pas un "bon film".

Sceptique

* Les "incontournables" sont ceux qui ont du gaz, du pétrole, la bombe "A"...