Les français se croient antimilitaristes, mais au fond, ce sont tous de bons petits soldats, qui marchent au pas, qui montent à l'assaut, et ne discutent pas...leurs sous-ofs.

Chaque profession a ses bidasses, ses caporaux, et ses capitaines. Ce sont ces derniers qui parlent au nom de tous. Parlent...enfin, disent NON, et déclarent la guerre.

En mettant leurs troupes en ordre de bataille, ils les galvanisent en leur jurant qu'ils n'ont pas été entendus, qu'ils ont été mis devant le fait accompli. Eux ont dit Non à tout. En face, le Ministre, voire le Président en personne, expliquent, justifient, promettent la douceur, des compensations. Non, c'est Non, point barre.

Quand la bataille s'engage, les voltigeurs, les tirailleurs font merveille. Face aux gens d'armes cuirassés et casqués qui sont disposés face à eux, ils poussent leur cri de guerre et ne tremblent pas. Sous leur choc, les lourds soldats du pouvoir reculent, subissent des pertes. La rue résonne des clameurs, des explosions, des vitrines qui s'effondrent. S'ils sont submergés par les gaz lacrymogènes, ils se dispersent, provoquant la dislocation des rangs des forces adverses à leur poursuite, mais ils se regroupent plus loin, car ils ont bien préparé leurs manoeuvres. Pour ces petits fantassins, c'est aussi un jeu, une compétition de jambes et de souffles. Il n'y aura pas de coups de feu, de bastonnades. La République respecte ses lois.

Les slogans des oriflammes, des vociférations, des chants de guerre sont simplistes. L'intelligence de chacun doit s'y noyer. Obéir, faire son devoir de soldat, n'a que faire de la réflexion. C'est l'effet d'une action de masse qui est recherché: faire reculer le gouvernement de la République. Depuis quelques lustres, il est vérifié que c'est possible, voire facile.

En Janvier, le Président de la République présente ses voeux à chacun des grands corps qui constituent la société. Il ne le fait pas à Paris, dans les Ministères concernés, où il ne rencontrerait que les hauts fonctionnaires et les dirigeants des syndicats. Il choisit une petite ville de province, où il y a nécessairement des représentants de la base en plus grande proportion.
Pour le corps enseignant, ce fut Saint-Lô, une petite ville dont on apprit à connaître le nom à l'occasion du débarquement en Normandie, premier acte de la libération de la France occupée.

À Saint-Lô en 2009, le Président n'était pas attendu par des troupes allemandes, mais des françaises, bien décidées à défendre leur pré carré. La force publique réussit à maintenir le gros des forces hostiles à bonne distance du visiteur, qui n'eut affaire qu'à des citoyens lui reconnaissant le droit de leur parler. Il ne s'infiltra qu'une bonne dizaine de lycéens bien conditionnés, qui dirent leur fait au Président, sur un ton que les médias ne rapportèrent pas. Un contre dix, c'était tenable, surtout au milieu de citoyens sages et de gardes du corps vigilants. Il semble que le Président parvint, sinon à retourner les jeunes contestataires, du moins à s'en faire entendre. Et, pour ajouter un peu de son temps précieux au dialogue, il les invita à déjeuner à l'Élysée. Rien que ça.

L'affaire fut discrètement mais rondement menée, et le scoop n'envahit nos écrans que quelques heures avant l'événement. Les mines des invités étaient réjouies, leurs propos plus que mesurés. Ils n'était pas question de cracher dans les rince-doigts!

Nous eûmes droit à quelques images de la belle tablée, puis à quelques paroles à la sortie. Ceux auxquels des mots furent arrachés s'étaient ressaisis. Ils avaient été "écoutés". Restait à savoir s'ils avaient été "entendus", ce qui veut dire en langage de contestataire que le contesté a dit "pouce!" Aucun convive, apparemment, n'a fait de compliment sur le menu, même indirect. S'il m'est possible d'en savoir plus, j'ajouterai une ligne ou plus à ce billet.

Il semble bien que le Président a saisi l'occasion de libérer son énergie au profit de sujets plus urgents et plus vitaux que la réforme des lycées, et a promis de mettre sous "son" coude l'affaire jusqu'à la fin 2010 ( sortie espérée de la crise économique et financière). Il aurait aussi annoncé qu'il s'occuperait personnellement du dossier, ce qui sera interprété par certains comme un désaveu de son Ministre*.

Cette opération de séduction ne pouvait faire que des jaloux. Une organisation syndicale des Universités (les enseignants-chercheurs) a annoncé une grève "illimitée" pour obtenir le retrait d'un projet gouvernemental. Il doit y avoir un gourmand parmi eux.

Sceptique

* En attendant la décision de mettre fin au martyr d'hommes politiques en les nommant Ministre de l'Éducation Nationale, il me semble urgent de débaptiser la Rue de Grenelle. Saint-Sébastien la symboliserait beaucoup mieux.