Dans la majestueuse cathédrale France, pour la grand messe du 14 Juillet, l'immense nef centrale est vide.

Dans les chapelles latérales, des petits groupes se livrent au rite du rappel historique de l'événement, déposent une gerbe de fleurs à la mémoire de leurs ascendants, morts pour la France, et communient ensuite sous l'unique espèce du vin d'honneur.

L'essentiel du spectacle se passe dans le vaste choeur de l'édifice, et, là, il y a de quoi voir. L'office est grandiose, rassemble tout le chapitre, beaucoup de fidèles, de rang divers, autour du prince-archevêque en fonctions. Les chevaliers, escortés par leur gens d'armes, défilent en grande tenue autour du choeur, et s'esquivent par le transept. Quant au prince-archevêque, sitôt l'office achevé, deux bonnes heures plus tard, il reçoit somptueusement et aimablement ses invités dans la sacristie toute proche.

Grâce à la télévision, "voir et complimenter l'armée française" n'exige plus la présence physique sur les lieux. C'est pourquoi la nef est vide! Les grands écrans plats en donnent une image suffisamment réaliste aux habitants de l'hexagone et à tous leurs amis du monde entier*.

Il était de tradition que la veille du grand jour, des bals soient organisés dans tous les villages et villes de France, ne serait-ce que pour permettre les rencontres entre les timides des deux sexes, nettement majoritaires il y a encore quelques dizaines d'années. Mais la timidité, ça se soigne. Freud d'abord; Mai 1968, sous l'égide de Wilhelm Reich**, ensuite, et, enfin, la pilule***, ont banalisé les relations hommes-femmes, précaires, révocables, et sans conséquences fâcheuses. Les bals du 14 Juillet ont perdu cette raison d'être officieuse, le travail pour la République. Ce n'est plus de mon âge depuis longtemps, mais je crois savoir qu'il n'y en a pratiquement plus. La natalité ne s'en ressent pas!

Une autre tradition, pour le plaisir des yeux, est encore bien vivante pour les habitants des villes: les feux d'artifice. Pour qu'il soit beau, long, et sans danger, il faut s'adresser à des professionnels, et ça coûte cher.
À Paris, c'est maintenant le Maire de la capitale qui offre aux citoyens ce spectacle réellement grandiose. Depuis quelques années, le Maire de Paris ne se confond plus avec le Prince-Archevêque.

Il fallait donc que ce dernier fasse quelque chose pour tous ceux auxquels il ne peut offrir des petits fours à la sacristie. Il a donc commandé auprès de son grand ami et rocker célèbre, Johnny Halliday, un concert, qu'il offrait à tous ceux qui passeraient sur l'inconfort du plein air, des heures d'attente sous un soleil brûlant. La passion pour Johnny Halliday étant très partagée, ce cadeau a été visiblement apprécié.

Cette évolution, très "romaine", de notre fête nationale, doit elle nous chagriner, ou, même, nous désespérer? Entre la vanité du désespoir et l'acceptation des changements de notre société, je n'hésite pas. En tant que symbole de l'unité nationale, de rappel de notre identité, le 14 Juillet ne fait plus recette. Seules, la qualité et la munificence des spectacles et des fêtes de dimension nationale, relayées par l'incontournable télévision, comblent les désirs des citoyens, leur donnent le sentiment qu'ils sont importants....pour leurs élus de tout rang.

Sceptique

*Un ami égyptien, très francophile, me signale qu'il ne manque jamais le spectacle, diffusé par la télévision égyptienne.

**Wilhelm Reich, disciple de Freud, alla beaucoup plus loin que son maître par ses théories de libération sexuelle, justifiant à l'avance tous les comportements. De quoi plaire aux jeunes...et moins jeunes!

***À la pilule, si commode, si discrète, a du s'adjoindre le préservatif, pour cause d'un virus importun, sanctionnant le plaisir par bien pire encore qu'une grossesse!