Un premier article du quotidien Libération rapporte la création par Claude Allègre d'une fondation dénommée Écologie Productive. Politique éditoriale oblige, l'article se conclut par un coup de pied dans le tibia de la bête noire des écologistes, sous la forme d'une question qui se veut perfide: il y a donc une écologie non productive. Qu'entend-t-il par là?

Claude Allègre est informé de la question, et y répond. Honnête, Libé publie la réponse, accessible sur le site du quotidien, pour ceux qui ne l'achètent pas.

Quand un lecteur assidu de Libé parle de Claude Allègre, c'est généralement pour dire que c'est un c.., qu'il a trouvé tous ses diplômes dans un paquet de Bonux, et que la solution la plus appropriée pour le faire taire serait de lui couper la langue. La question qui se pose: un lecteur "lambda" de "Libé"pense-t-il ainsi parce qu'il lit "Libé", ou lit-il "Libé" parce qu'il est sûr de ne pas y trouver d'éloge du Professeur?

La doctrine de l'écologie non-productive est quand même connue, car rabâchée à l'envi. La croissance zéro est dépassée, c'est une croissance négative, une décroissance, qu'il faut imposer, non seulement aux nantis que sont les bourgeois occidentaux, mais à tous les hommes du monde, y compris les plus pauvres. Ah, j'oubliais! Exception faite pour nos honorables concitoyens, salariés des services publics et/ou affiliés aux bons syndicats, sinon amis, du moins à respecter. Pour eux, un SMIC à 1500 euros nets*, et garantie de l'emploi, éventuellement à ne rien faire.

Cette idée du "peut-crever-la-gueule-ouverte", quelle que soit la contradiction avec les larmes versées pour les miséreux qui se pressent à la porte de l'Europe, est déjà mise en application par les "locavores".

La position de Claude Allègre et de nombreux penseurs raisonnables qui prennent en compte les besoins de tous les hommes du monde, et pas seulement ceux des hexagonaux bien-pensants (mais pas nécessairement bien-agissants!), est de mettre au service d'une économie moins gourmande en énergie, moins productrice de déchets, les ressources d'inventivité que l'espèce humaine a utilisées pour en arriver à la situation d'aujourd'hui. Ils ne posent AUCUN interdit: nucléaire, OGM...

L'espèce humaine, parlons-en un instant. Si on s'en tient à ses comportements, on peut lui trouver des ressemblances avec les moutons, et se rassurer, grâce à la conviction d'être soi-même un bon berger: on n'aura aucun mal à la pousser vers un précipice quelconque pour qu'elle s'y jette en bêlant de plaisir. Son côté "âne" est plus problématique. Là, il faut se mettre à plusieurs pour pousser et vaincre la résistance.
Ses côtés "singe", "loup", "serpent"**, "ours", "porc", sont carrément ingérables. Vous n'aurez pas été sans remarquer que les prophètes écologistes n'en parlent jamais. Plus exactement ils nient que ces comparaisons leur soient applicables.

La singularité des penseurs d'un avenir positif de l'humanité est de ne pas faire cas de ces problèmes comportementaux, et de parier sur le génie particulier de l'être humain qui lui a permis d'échapper au sort strictement régulé du monde animal(pas d'herbe, pas de viande. Pas de viande, pas de fauves. Point barre). C'est vrai que depuis le néolithique et ses inventions, aggravé par l'ONU et ses actions pacifiantes, en passant par la révolution industrielle et la révolution pastorienne, l'humanité fait frémir les prophètes***, qui ne voient dans cette dérégulation que les prémices de la fin des temps.

Et alors? La belle affaire! Nous n'avons devant nous que cinq milliards d'années, dont les dernières centaines de millions seront certainement invivables, même pour les bactéries, chères à Stephen G.Gould. Ce "complexe de Josué", ce sentiment de toute puissance, de la nouvelle religion, seraient ridicules s'ils n'étaient porteurs de la tentation totalitaire.

Sceptique

*Programme de Dominique Voynet, candidate verte à la Présidentielle de 2007.
**Les rédacteurs du Livre de la Genèse avaient bien vu la ressemblance, et donc la sympathie fatale.
***Ceux de malheur sont les seuls retenus par l'Histoire.