Depuis bientôt un an, la Géorgie vit sous la menace d'une invasion russe, ou d'un coup d'état qui porterait au pouvoir des politiques plus complaisants envers Moscou que Saakachvili, ouvertement pro-américain et pro-européen.

Il y a un an, Saakachvili a-t-il commis une bêtise, ou est-il tombé dans un piège bien préparé par les angelots Vladimir et Dimitri? Arbitre improvisé, Nicolas Sarkozy est arrivé difficilement à faire lâcher prise par la Russie, en train de rayer de la carte la république dissidente. La Géorgie a survécu, mais définitivement (à l'échelle d'une vie humaine) amputée de provinces sur lesquelles elle n'exerçait plus de contrôle, l'Abkhasie et l'Ossétie du Sud. Ces provinces revendiquées par Tbilissi ont proclamé leur indépendance, immédiatement reconnue par la Russie.

Nous savons par expérience combien ce type de frustrations entretient l'esprit de revanche et l'envie d'en découdre. Nous avons mis du temps à nous convaincre que c'était un progrès humain que de se détourner de ce nationalisme fondé sur la force. Nos nationalismes européens existent toujours, mais ils n'utilisent plus maintenant que la séduction: démontrer qu'il fait meilleur vivre chez eux qu'ailleurs, en comptant les flux touristiques! Et quand on a envie de s'engueuler, encore souvent, on le fait derrière des portes matelassées. Après, on se fait la bise devant les photographes.

Il y a quelques semaines, le Président des États-Unis, Barack Obama, est allé faire une visite au titulaire actuel de la Présidence de la Russie, Dimitri Medvedev. Dans le but d'apaiser la méfiance et la rancune léguées par G.W.Bush et son équipe. Étant donné l'intérêt, de politique intérieure, de la Russie, à entretenir la fièvre nationaliste des russes, humiliés par la dégringolade d'une Union Soviétique que l'on croyait invulnérable et promise à l'éternité, les commentateurs ne donnaient aucune chance à la démarche du Président américain.

Lequel savait que la Russie, très touchée par la crise, et gangrenée par l'alliance objective des policiers ripoux et de la mafia, sortis de la même école, ne pourrait pas maintenir un verbe trop haut. Sa capacité de séduction a fait le reste. Des avancées dans la dénucléarisation des deux puissances ont été obtenues, même si elles ne sont que symboliques.

Ce succès a fait trembler les Républiques ex-soviétiques devenues indépendantes après l'écroulement de l'URSS, et que la Russie poutinienne voudrait bien récupérer. Si les américains nous lâchent, c'est fini! Ils ont déjà du remettre dans leur poche leur souhait d'être admis dans l'OTAN, contrariant pour la Russie.

Obama a donc envoyé son vice-président Joe Biden, pour les rassurer.

En ce qui concerne notre sujet, la Géorgie, Biden a énoncé trois positions fermes: les États Unis sont les alliés de la Géorgie indépendante, ils ne reconnaissent pas l'indépendance des provinces d'Abkhasie et d'Ossétie du Sud et recommandent à leurs alliés de ne pas le faire. Ils n'aideront pas la Géorgie à se réarmer, ne voulant pas fâcher Moscou, mais ils promettent de soutenir son adhésion à l'Otan....sur laquelle les autres membres ont leur mot à dire. Enfin, Joe Biden s'est entretenu avec l'opposition à Saakachvili, qui pourrait faire le lit d'un coup d'état pro-russe, pour l'inviter à être raisonnable.

Pour le moment, donc, la Géorgie est sous protectorat, qui reste à distance, des États-Unis, déjà englués en Irak et en Afghanistan, et qui ne peuvent faire plus. La voie qui lui reste est de se reconstruire économiquement, à l'abri, fragile, de l'Amérique. Tout dépend, à moyen terme, de l'évolution politique de la Russie. Elle ne pourra pas nier indéfiniment la fragilité de son économie, la faiblesse de ses institutions politiques, face aux forces brutales et secrètes héritées de l'Union Soviétique, la dégradation qualitative et quantitative de sa démographie. Elle n'a pas les moyens d'une fuite en avant guerrière.

Si, pour le moment, Abkhases et Ossètes trouvent un avantage à la protection russe (ont-ils le choix?), ils pourraient regretter de ne pouvoir profiter d'une prospérité géorgienne, si celle-ci venait à être insolente. La Géorgie, Suisse* du Caucase, pourquoi pas?

Sceptique

*La Suisse subit aussi la crise...et la persécution du fisc américain, mais il y a pire.