Quelques images sur Euronews, chaîne non franco-française, qui ont sûrement échappé à une majorité de français.

Le Primat de l'Église Orthodoxe Russe est en visite à Kiev, Ukraine, ci-devant terre du Tsar, ci-devant République Socialiste Soviétique d'Ukraine, indépendante depuis l'écroulement de l'Union Soviétique.

Ce n'est pas une visite de politesse, une visite amicale. C'est une visite pastorale. Le berger voudrait récupérer des moutons échappés de la bergerie, dont la propriétaire est LA Russie, son employeur.

Il y a eu il y a bientôt vingt ans, en Russie, un changement de gérant. Ce n'était pas que les précédents n'aimaient pas les moutons. Ils en mangeaient à tous les repas, au contraire.

Mais il préféraient la gestion directe, dans des enclos entourés de barbelés électrifiés, loin de tout, et avaient mis les bergers au chômage. Les moutons n'étaient pas marqués du sigle des bergers, mais de celui du propriétaire. Cette gestion directe a eu pour conséquence une faillite de la bergerie: les moutons, immangeables pour cause de maigreur, se sont échappés et ont été récupérés par d'autres bergers, sans contrat avec la Russie .

Un nouveau gérant est arrivé**, un homme à poigne, ancien et fidèle serviteur des précédents gérants, mais pragmatique: sans bergers, les moutons font n'importe quoi. Berger, c'est un métier.Il s'est donc empressé de confirmer un mouvement déjà amorcé, la réhabilitation de la corporation des bergers, à laquelle il a affirmé sa confiance, en participant à leurs cérémonies, déguisé lui-même en agneau très tendre, bêlant à l'unisson avec les vrais.

Mais, une fois la corporation remise en selle (pas, d'agneau!), le nouveau gérant a dicté sa" feuille de route"***: récupérer les moutons en goguette, où qu'ils soient, et avec qui ils soient (des bergers improvisés). Parce que lui avait bien compris que la force d'une bergerie ne repose pas sur le nombre de moutons, mais sur la discipline des bergers.

Ces démarches (au pluriel, car le programme de récupérations est vaste), ne se passent évidemment pas très bien. Les descendants des moutons échappés sont maintenant marqués du sigle de leurs nouveaux bergers. Comment prouver qu'ils appartiennent à la Russie?

Le maitre de la Russie leur a déjà montré, à tous ces voleurs de moutons, qu'il pouvait les empêcher de se chauffer, de faire la cuisine, en leur coupant le gaz. Qu'il leur signifie maintenant que le gigot du Dimanche, c'est terminé, les écoeure, tout simplement. Ils pourraient faire des méchouis sur des feux de bois, mais c'est moins commode que le chacun pour soi dans sa cuisine particulière.
Les moutons eux-mêmes, mieux traités, emmenés là où l'herbe est plus fraîche, au lieu de la brouter jusqu'à la racine dans un enclos sibérien, manifestent leur hostilité à retourner chez leurs anciens propriétaires.

Sceptique

* Joseph Staline, deuxième gérant de la bergerie "Russie", à la suite de Lénine, le premier à pratiquer la gestion directe des troupeaux, n'avait pas le recul suffisant pour comprendre l'avantage de la médiation des bergers, qui, d'un côté, aiment leurs moutons, et de l'autre, leur patron. C'est pourquoi il s'étonnait que les propriétaires occidentaux prennent en compte le soutien de leur berger-en-chef.

**Après la transition de Gorbatchev, puis d'Eltsine.

**Expression à la mode pour nommer les plans d'action, politiques ou militaires. Elle laisse entendre que le conducteur dispose d'une initiative, et de la responsabilité en cas d'accident.