Le mouvement culturel qui bouleverse le présent, assimilable à une forme de vertige, qui déclenche une panique, un sauve-qui-peut se répandant plus vite que la grippe A, cela s'appelait autrefois l'obscurantisme.

Le "principe de précaution" a convenu, et convient encore, dans beaucoup de domaines de la vie contemporaine. Mais comment nommer cette hystérie collective et subite à propos des combinaisons des champions de natation qui ont, pour une capacité donnée, poussé de quelques centièmes de seconde les records possibles.

Tricherie, a-t-on crié dans les oreilles des retraités qui dirigent les instances sportives. Un grand champion a même sacrifié une épreuve pour mettre en exergue l'avantage scandaleux donné par la combinaison en polyuréthane. Une façon de dire: "ce minable ne m'aurait pas battu sans cet artifice."

Trop, c'est trop, et sommée de réagir, l'Instance ad hoc a décidé d'interdire les combinaisons dont tous les fabricants étaient maintenant capables d'équiper leurs champions sous contrat. Il y a eu inégalité temporaire, c'est vrai, au début, mais si l'équipement contesté n'est pas encore disponible à La Redoute, son prix fort est à la portée de tous les nageurs de haut niveau.

Un tour de France cycliste en "Hirondelle de Saint-Étienne" obligatoire, les 24 heures du Mans exclusivement en deudeuche, auraient peut-être de la gueule, ou feraient bien rire. Je caricature, mais la fixation d'une date limite, frontière infranchissable entre le passé et le présent, est implicite dans la décision prise. Elle ne peut être limitée à la natation.

Jusqu'à nos jours de doute, les performances sportives reposaient sur trois piliers: la sélection et l'entraînement, le perfectionnement de l'équipement, le dopage.

L'éradication du dopage a une valeur éthique générale, et un intérêt pour les individus, parties prenantes. La contrepartie des performances glorieuses, ce sont les risques sanitaires à court terme et à long terme: défaillance mortelle subite, raccourcissement de l'espérance de vie.

L'équipement des sportifs est un banc d'essai pour tous les laboratoires qui élaborent des matériaux ou des objets spécifiques de toutes natures. l'énumération de ce qui fait l'objet d'une recherche et développement, est trop longue. Seules des sociétés spécialisées puissantes peuvent y consacrer le budget nécessaire. Les exploits accomplis avec leur matériel sont un retour publicitaire mérité. La simple mention serait insuffisante. Une vraie campagne publicitaire, confiée à des professionnels, est indispensable. Les contrats d'exclusivité avec des sportifs renommés en sont une autre forme. L'argent engagé atteint des niveaux considérables.

On touche là au coeur du problème. L'argent est l'objet de la phobie qui entraîne logiquement toutes les autres. S'il faut de l'argent pour le point A, il est interdit de prévoir le point B qui suit. Ni A, ni B...Pas d'alphabet du tout!

Notre société(je me limite à la française), à entendre un grand nombre de ses contempteurs, est composée de 64.999.999 voleurs*, c'est à dire: "tous sauf moi". D'où la nécessité impérieuse, pour beaucoup, de pendre le boulanger, le boucher, le docteur, le garagiste, le directeur du supermarché, le patron de TOTAL, celui d'EDF, de France Telecom, et 'tutti quanti". Les politiques (au pouvoir), c'est une balle dans la nuque, au moins. Pour les salariés d'une entreprise, les choses sont claires: les patrons, les actionnaires, les fournisseurs, n'ont droit à RIEN. Comme me disait un sage, le seul "bon" argent, bien acquis et sans odeur, c'est celui du LOTO, ce qui ne vaut cependant aucune indulgence aux voleurs de la Française des Jeux. Il vaut mieux qu'ils n'entendent pas les commentaires de ceux qui valident leur ticket!

Ce n'est pas aujourd'hui que le culte du veau d'or serait capable de détourner les hommes de la vraie foi! Ah,non!

La pureté sportive intégrale, on y va, mais attention, les fabricants d'équipements sportifs: pas de licenciements, hein?!

Sceptique

* Nombre approximatif et révisable, pouvant être représenté par (N-1)