Il n'y a pas que les bipèdes pauvres en quête d'une vie meilleure qui pratiquent le voyage hasardeux et l'immigration clandestine. Bien avant eux, et encore de nos jours, des bestioles, des bactéries et des virus ont voyagé sans avoir pris de billet, et sont passés sous le nez des douaniers.

Et, trouvant nos contrées vivables, ils ou elles ont entrepris de s'y faire leur place, en prenant sans scrupules, telle la belette de la fable, la place des premiers occupants.

Le continent américain, depuis sa découverte en 1492 n'arrête pas de nous faire profiter de ses trouvailles évolutives, certaines avantageuses ou agréables, comme la pomme de terre, la tomate, le tabac, le cacao....et le MAÏS. D'autres moins agréables, comme la syphilis, le phylloxera, le mildiou, et quelques autres ravageurs, qui ont pratiqué l'immigration en sens inverse. Le dernier en date est la chrysomèle du maïs (encore lui!).

Ce coléoptère arrivé en Europe (bof, l'Europe!) en 1992, n'a découvert les charmes de la France qu'en 2002, époque à laquelle, si vous vous souvenez bien, ne pas faire la police était un principe. Donc, ni vu, ni connu, "Diabotrica virgifera virgifera" s'est installée près de Roissy ou d'Orly (ce n'est pas précisé). Le maïs étant cultivé un peu partout en France, la bestiole a trouvé de quoi nourrir ses larves, qui adorent les racines du maïs. Ce souci là résolu, elle a commencé son exploration touristique de la France et un entomologiste distingué a fini par la remarquer.

Alors, comment s'en débarrasser? L'affamer en arrêtant la culture du maïs? Oui, c'est la solution, en ne le semant qu'une année sur trois. Deux ans sans manger, les larves n'y résistent pas. Un peu plus loin du foyer découvert, c'est un an sur deux. Mais dans une région comme l'Alsace, qui dispose de la quantité d'eau suffisante pour consacrer beaucoup de surface au maïs, les cultures de substitution ne sont pas évidentes. Alors il y a la solution d'un insecticide efficace et sans danger. Mais les "pesticides" n'ont plus la cote dans notre pays, du côté des consommateurs, des apiculteurs, et du Ministère de l'Environnement.

Du coup les vertueux recommandent l'agriculture traditionnelle, diversifiée, bio, et tout et tout. Aux agriculteurs de redevenir paysans, d'oublier leurs tracteurs et autres engins, de retrouver les charmes de la houe, de la bêche, de la binette...et des reins cassés.

C'est tout, demanderez-vous?

Oui, en France, et en Europe, ce sera tout.

Ah bon, ailleurs, c'est autrement?

Eh, oui, mon bon monsieur, ailleurs, c'est autrement. Ils ont MON-SAN-TO. Matricule 863, pour être précis. Onze millions d'hectares en 2008.

Et ils ne sont pas tous morts?

Ah, ça, on ne sait pas. Les américains et leurs clients sont si cachottiers! La censure de la presse et des médias est bien faite, là-bas. Si bien faite qu'elle ne se voit pas. Mais je ne vous recommande pas d'aller vérifier sur place: entre les OGM, le virus A-H1-N1, et les balles de Colt 45 ou de 357 Magnum, vous risqueriez gros.

Merci beaucoup, cher Monsieur, je vais rester à l'abri chez moi. Après tout, nos ancêtres se sont passés de maïs pendant des siècles. Nous pourrons abandonner deux funestes habitudes: manger du Pop-Corn au cinéma, et aller visiter New-York.

Sceptique

À noter un autre importun qui vient de faire parler de lui, le "frelon asiatique", une sale bête, qui est à nos abeilles ce que le Pit-bull était pour nos vieux et nos enfants. Là encore, comment bien viser, sans faire de bavures?

Encore, mais plus sympathique: un espèce de perruches sud-américaines a fait souche dans un espace vert près de Roissy. Échappées de la Douane, sûrement, elles prolifèrent malgré le climat et un changement d'alimentation. Je les attends avec impatience dans ma Picardie. J'adore les perruches!

(Le Monde du 18 Août 2009, page "planète")