Daniel Cohn-Bendit est un personnage qui attire l'attention. Il est difficile de faire la part du chef, du meneur, ou du prophète.

En 1968, il fut le meneur des étudiants, le provocateur du régime autoritaire et auto-satisfait de l'époque. Mais il se fit souffler, non la vedette, mais le contrôle des événements, par les politiciens de métier*, épaulés par un Parti communiste pensant tenir le "Grand Soir" dont il rêvait, et sa fidèle CGT, qui organisa la paralysie du pays.

La grève générale fit oublier l'agitation des étudiants, fit vaciller le pouvoir légitime, et provoqua une autre révolte, celle des citoyens, qui répondirent en masse à l'appel du parti gaulliste.

Tout se termina par une distribution générale de calmants, de l'argent aux grévistes, des vrais-faux diplômes aux étudiants. Une "chambre introuvable" fut élue, en remplacement de la précédente, moins homogène, et ayant présenté des signes de pusillanimité.

Rétabli dans sa légitimité, le Général de Gaulle, Président de la République, avait cependant été affecté par le désaveu, les trahisons, la crise de défiance et d'indifférence. Il "testa" l'opinion par un nouveau référendum. Ses intentions concernant le Sénat irritèrent les notables, et le Non l'emporta. Il démissionna et quitta ses fonctions séance tenante. George Pompidou fut élu quelques semaines plus tard.

Daniel Cohn-Bendit était reparti en Allemagne, dont il était natif**, et disparut de la vie politique et des médias pendant vingt ans. Il fut élu avec l'étiquette "Grühn"(Vert) au conseil municipal de Francfort-sur-le Main, en 1989, puis député européen, en 1994. Il se fait ré-élire en France au même Parlement Européen en 1999. Il en devint un Vice-Président en 2004.

Mais ce n'est que cette année que Daniel Cohn-Bendit redevint en France un personnage politique de premier plan en réussissant à rassembler, à l'occasion des élections au Parlement Européen, toute la mouvance écologique sur une seule liste, et faire jeu quasi égal avec le Parti Socialiste.

Jusqu'alors, Les Verts étaient à toutes les élections les obligés du Parti Socialiste, qui, en échange de leurs voix, leur concédait des circonscriptions aux divers niveaux d'élections (locales et nationale). Le P.S. restait maître du jeu et donnait le "la" de la politique menée par la coalition (à laquelle appartenait aussi le PCF). Les Verts avaient des sièges, mais aucun pouvoir.

Dopés par leur succès aux européennes, les Verts rassemblés par D-C.B. sont tentés par l'indépendance aux prochaines régionales. Ne plus manger dans la main d'un P.S. seigneurial, tel est leur rêve. Cela ne fait pas l'affaire du P.S., qui n'a plus la cote, et auquel ces voix vont manquer. Les marrons seront tirés du feu par l'UMP, évincé en 2004 des instances régionales.

Les tendances centrifuges des Verts sont toujours aussi puissantes. Le tricot ne tient que par la maille Cohn-Bendit***. Alors, il la tient, pour réussir son pari, placer des Verts aux présidences de quelques régions, s'ils arrivent en tête d'une Gauche majoritaire.

Mais une "info" me trouble: Daniel Cohn-Bendit n'entend pas participer à la compétition. Il n'exposera pas sa personne comme tête de liste dans une circonscription bien choisie. Chef en 2009, il ne sera que prophète en 2010.

Ma première réaction a été une incompréhension. La vie politique est un engagement. Perdre est une possibilité. Désagréable, certes. Mais si on ne veut pas connaître ce désagrément, on se contente d'être électeur et d'aller aux résultats.

En fait, la doctrine Verte est d'une radicalité la rendant impossible à mettre en oeuvre dans la situation économique qui est la nôtre depuis un an, et, surtout, sur une société française qui n'est que très vaguement disposée à s'y soumettre.

Quand Daniel Cohn-Bendit affirme que la taxe carbone devra augmenter de 5% par an (jusqu'à quel sommet?), il sait bien qu'aucun responsable politique de droite ou de gauche n'ira jusque là. Quand, au cours d'un autre entretien (Le Monde du 21 Août 2009), il part en guerre contre l'excessive taxation du travail, il ne peut ignorer que la gauche marxiste française est soudée à cette doctrine du patron-mal-absolu, dont la malfaisance doit être rançonnée au maximum, en attendant la liberté de le pendre haut et court.

La partie immergée de l'iceberg vert est fortement teintée de rouge. L'iceberg socialiste, rose en surface, l'est beaucoup moins en profondeur. Les syndicats qui comptent ont le doigt sur la gachette****. Bref, une vraie politique verte, entre les contraintes devant peser sur la vie quotidienne des français, ses conséquences économiques évidentes, et le prix impossible à payer à la vraie gauche, est irréaliste, explosive, à coup sûr désastreuse.

Gagner une élection, oui, c'est possible. Mais pour faire quoi ? RIEN? Daniel Cohn-Bendit le sait bien: si des mesurettes sont possibles, une application stricte des théories écologiques ne passerait pas dans une démocratie.

Sceptique

*Évincés du pouvoir depuis les événements de Mai 1958, soit dix ans de chômage!

**Il dispose de la double nationalité.

***Une analyse du Figaro.fr montre que la maille glisse déjà dans sa main crispée.

****Le nom n'est pas le bon. Le vrai est "la queue de détente", mais long et incommode. Gachette est en usage dans tous les milieux.