Vous me direz qu'il y a déjà le principe de précaution, et que la précaution se fonde sur la peur. Mais une telle inscription aurait peut-être des avantages. La peur deviendrait obligatoire, et il serait possible de mettre à l'amende tout individu qui présenterait les apparences d'une transgression du principe.

D'abord, chacun resterait chez soi. Sortir signifierait qu'on n'a pas peur de prendre un coup de soleil, ou de recevoir malencontreusement une météorite ou un débris de satellite. Je ne cite pas l'écrasement par une voiture ou un camion, car ces risques seraient tout simplement abolis. Il n'y aurait dans les rues et sur les routes, ni voitures, ni camions.

Mais que feraient les gens entre leurs quatre murs? S'il ont la chance de savoir lire et de posséder quelques livres, il pourraient, le jour, les relire près de leur fenêtre, à condition de disposer de pièces à l'étage, car les volets du rez-de-chaussée devraient être fermés. En effet, les cambrioleurs pourraient commettre leurs méfaits avant d'être arrêtés pour déambulation dangereuse.

Ils ne pourraient, ni écouter de musique, ne regarder la télévision, ni papoter grâce à leur téléphone portable. La production et la distribution de l'électricité auraient été interrompues dès la promulgation de la nouvelle mouture de la constitution. Et les quelques malins qui auraient fait installer des panneaux photo-voltaïques en seraient pour leurs frais, car les émetteurs ont besoin d'une énergie puissante.

Et le travail? Et la bouffe?

Le travail serait le devoir des paysans, plus nombreux en raison de la mise au rebut des engins voraces et dangereux. Le boulonnais et le percheron seraient redevenus leurs précieux auxiliaires. Des éleveurs malins et prévoyants avaient commencé depuis longtemps à en faire naître. Leur fortune était dans leurs lessiveuses. Malgré leur inutilité, les billets de cent euros étaient d'un vert si beau qu'il aurait été douloureux de les jeter.

L'intendance de l'armée aurait reçu la mission de distribuer aux habitants, avec leurs chariots attelés, leur ration quotidienne strictement bio. La présence d'un ver dans chaque fruit garantirait qu'aucun pesticide n'était venu contrarier les droits des mouches.

Mais ce ne serait pas vingt ou trente, pour cent, de réduction des émissions de gaz à effet de serre que la nouvelle société aurait obtenu, mais entre quatre-vingt et quatre-vingt-dix pour cent.

Les hommes et les chevaux continueraient de respirer!

Cela vaudrait quand même le coup, non?

Anti-Sceptique*

*Note inspirée par un article du physicien Jacques Treiner sur la peur des ondes et son fondement nul. (leQuotidien du Médecin du 8/09/2009)