On sait combien, nous, français, affectionnons les menaces de génocide et les enterrements symboliques de nos entreprises, de nos villes, voire, de régions entières, qu'un abominable pouvoir parisien voudrait effacer de la carte. 

Il faut croire que les vénitiens regardent notre télévision, friande de ces obsèques escortées de drapeaux rouges, car voilà qu'ils se sont prêtés à l'exercice, mais dans leur style particulier, usant plutôt du noir et du blanc.

Comment, les vénitiens ne sont pas heureux de vivre dans cette ville merveilleuse, dont les visiteurs n'abandonnent jamais l'espoir d'y revenir?

Eh, bien, non. Il faut se rendre à l'évidence. Vivre à l'année à Venise n'est pas un voyage de noces prolongé. Cela coûte les yeux de la tête, que ce soit le loyer ou l'entretien d'une maison rongée par l'humidité. Où il faut tout faire à pied, ou à l'aide d'une improbable gondole, en dehors de leurs aires de rassemblement. De plus en plus de vénitiens quittent la ville, vont s'installer en terre ferme, ne reviennent que pour leur activité au service des touristes qui, eux, se relaient, grâce à une noria mondiale.

Alors, ceux qui restent s'ennuient dans leur demeure sans voisins. Je ne pense pas qu'ils payent plus d'impôts, car ceux-ci doivent être assurés par la manne touristique. Alors ils tuent les heures qui passent en prolongeant la courbe démographique de la "Cité des Doges": elle tend vers zéro! 

Vénitiens de peu de foi! Au lieu de faire des processions autour de la Place Saint-Marc, ils mettent en scène la catastrophe annoncée en promenant, avec la componction adéquate, un cercueil en contre-plaqué, dont le fracassement libérera, sous l'oeil des caméras, un drapeau représentant un phénix, symbole de la renaissance.

À vrai dire, on ne voit pas ce que cette démonstration de pensée magique pourrait changer. Quelle civilisation, de nos jours, construirait Venise? 

Mais qui la laissera tomber en ruines, l'abandonnera à la cruauté de la nature? Venise appartient au patrimoine mondial, elle est un désir ou une nostalgie dans le coeur de tous les hommes. Il n'est que voir les travaux entrepris pour la protéger de la montée des eaux, poussées par les vents du Sud , lorsqu'ils s'engouffrent dans l'Adriatique. 

Sceptique