À Copenhague, ils sont des milliers de croyants à assiéger les responsables politiques présents pour obtenir de ceux des pays "riches", non seulement qu'ils sacrifient leurs économies, réduisant leurs productions et leurs consommations, avec maintien des emplois, bien sûr, mais qu'ils versent aux pays pauvres la rente nécessaire à leur renoncement à suivre le chemin diabolique qui nous aurait rapprochés, les pays riches, de la fin du monde.

La parole s'y déploie sans complexe. C'est à qui se vantera, se posera en exemple, de réduire en dix ou vingt ans au maximum, le rejet dans l'atmosphère du carbone issu de ses machines, de ses cuisinières, de ses chaudières, de ses voitures. Tels Mucius Scevola, ils mettent la main qui jure, au feu, bravement.

Pendant ce temps là, le brave peuple laissé à la maison, prépare Noël, cherchant l'économie, mais pas trop qu and même . Il ne faut pas d'un Noël triste, sans sapin, sans guirlandes, sans jouets pour les enfants, sans bons vins, champagne et foie gras. Les magasins, "ouf" pour eux, sont pleins, les commandes par internet affluent, les services d'expédition s'activent, chargent les colis dans...les camions.

Ah, oui, les camions, justement. Ceux qu'on maudit sur les routes, où ils filent à une allure qui pousse aux fesses les pauvres voitures. Après le plus fort de la crise qui a vu leur activité s'effondrer, asséchant les trésoreries, mettant en faillite les plus faibles entreprises, les voilà de nouveau sollicitées, appelées au secours d'un premier Noël de fin de crise (pour les optimistes*).

Les entrepreneurs de transports se frottent les mains. Ils ont traversé une période de vaches maigres, partagée avec leurs conducteurs, monde à part, vivant sur la route, chargeant, déchargeant, fonçant d'un point à un autre de la France ou de l'Europe. Et ce monde des conducteurs, qui avait courbé le dos et rentré les épaules pendant la période de chômage partiel ou total, veut profiter du redémarrage, même circonstanciel, pour avoir de l'augmentation. Tout euro de plus pour le chauffeur en fait presque deux de plus pour le patron. Qui se relève, lui aussi, d'une longue période de ralentissement. Qui va avoir à payer, sur ses dépenses de fuel, la taxe carbone....et les autres. Alors les patrons renâclent, veulent des compensations à un effort sur les salaires.

Une grève des camionneurs en plein Noël, c'est la catastrophe, le gâchis intégral. Ce n'est que lorsqu'il y a une grève des camionneurs qu'on se rend compte de notre dépendance à ce moyen de transport. Des États y ont perdu la vie. 

Et nous, les hommes de peu de foi, qui ne voulons pas de la vie sainte et austère, d'un Noël face à un verre d'eau et un morceau de pain sec, que la nouvelle religion attend de nous pour notre salut, nous devons nous couvrir la tête de cendres, celles de nos illusions.

C'est Malraux qui a dit, dans un de ses moments d'exaltation, "ce siècle(le nôtre) sera religieux, ou ne sera pas!".

J'ai heureusement peu d'années devant moi, et ce sera bientôt plus mon affaire.

Sceptique

*Les pessimistes:1)ne croient pas à la fin de la crise, en prévoient des rechutes, de plus en plus graves, des empoignades meurtrières, des famines affreuses. 2)ils ne veulent surtout pas qu'il en soit autrement!

Note du 12 Décembre 2009: le risque d'une grève des conducteurs de camions est écarté par un accord entre les syndicats des salariés et une organisation patronale qui rassemble les grandes entreprises. Le gouvernement devrait étendre à toutes les parties prenantes les concessions obtenues, mais ce ne sera pas si simple. Les salariés des petites entreprises auront à choisir entre le statu quo salarial ou le chômage. En attendant les jours meilleurs.

Quant aux compensations offertes par l'Europe aux pays pauvres, encore en situation de gaspiller l'énergie, elles ne se montent qu'à sept "petits" milliards d'euros, dont certains seraient déjà inscrits aux budgets d'aide directe. "C'est tout?" ont-ils crié en choeur? Les "riches" sont toujours radins, mais c'est pourquoi ils sont riches, justement. Et parmi les 27 pays de l'Union Européenne, il y en a un certain nombre qui partagent l'honneur d'être considérés comme riches, mais qui ont des fins de mois difficiles, en raison de la crise.