Depuis la naissance de la psychiatrie, à l'orée du XIXème siècle, les "fous" sont considérés comme des malades, et cette spécialité de la médecine s'est vue confier la double tâche de leur offrir l'asile, et de rechercher les moyens scientifiques d'améliorer leur état, voire de les guérir. 

Je ferai grâce à mes lecteurs des fluctuations de la place de la psychiatrie dans la société française depuis cinquante ans. La révolution culturelle, simultanément institutionnelle, psychanalytique et pharmacologique, qui l'a portée un moment aux nues, a été vite étouffée à partir des années 1980. 

À propos des soins ambulatoires qui sont actuellement en cause, car aucun texte ne prévoit leur obligation, au temps où les équipes de secteur avaient les moyens de le pratiquer, le suivi des malades tentés par la rupture de leur traitement se faisait par le maintien du contact et la persuasion.

Ce temps là est révolu depuis longtemps. Les équipes de secteur n'ont plus les moyens de courir après leurs patients absents à leur rendez-vous, ni à aller à la rencontre des personnes signalées comme bizarres ou manifestement délirantes par les voisins ou les familles. Il faudrait pouvoir les leur amener gentiment!

Les statistiques montrent peut-être que les actes meurtriers commis par des malades en crise sont loin d'être aussi nombreux que les purement crapuleux ou sadiques, mais les médias leur font un battage débridé. Ce qui oblige la puissance publique à se pencher sur cette défaillance de notre société. 

Il lui est opposé, à bon droit, que le soin ambulatoire ne peut être contraint, pour quelque maladie que se soit, au nom des libertés, et qu'une hospitalisation "sous contrainte" est, dans ce cas, indispensable....alors qu'elle ne peut être motivée par des troubles majeurs, dès l'arrêt du traitement.

Qu'à cela ne tienne répond la puissance publique, s'il faut une loi, on va la faire, ce qui couvrira l'autoritarisme des médecins, et rassurera les familles, souvent premiers témoins impuissants des prémices de la rechute. Ces familles, réellement éprouvées, et non coupables, comme elles l'ont été abusivement considérées, à une certaine période, accueillent plutôt bien ce projet de loi, complémentaire des lois existantes limitées aux hospitalisations.

La résistance vient de psychiatres, pour des raisons qui me paraissent essentiellement idéologiques et politiques. Ils ne veulent pas apporter leur concours à un pouvoir qu'ils exècrent. Je ne sais pas ce qu'un pouvoir ayant leur préférence ferait à la place du présent, mais un tel pouvoir est à l'origine de la crise démographique de la psychiatrie française, et des incapacités dont elle souffre aujourd'hui.

"Être soignant, et non expert en sécurité" comme le dit à peu près l'un d'eux. Je ne vois pas en quoi la fonction de soignant serait évacuée au profit d'une action d'ordre public, par ce projet de loi. Un psychiatre sait qu'un arrêt de traitement fait courir des risques majeurs de rechute, dont les conséquences peuvent concerner l'ordre public. D'autres maladies, comme les contagieuses, ont les mêmes conséquences, même si elles ne sont pas aussi visibles.  Les médecins qui les soignent se font persuasifs, et insistent pour que le traitement soit mené à son terme. Les malades "ordinaires" acceptent mieux leur maladie, et sont plus faciles à convaincre*.  

Il n'y a qu'une science médicale, et qu'une seule éthique médicale. Le serment d'Hippocrate est prêté par tous, la mission de service public est implicite pour tous.

Sceptique

* Tout traitement "à vie" est susceptible de provoquer une révolte, avec arrêt intempestif. C'est le cas de diabétiques insulino-dépendants. Les complications à court terme les obligent à reprendre leurs injections.