C'est un passage de l'article que le Monde du 14 Mai 2010 consacre à cette nouvelle arme, qui m'a donné envie de rédiger  un billet sur ce sujet et de le placer dans la catégorie qui rassemble ma collection d'archaïsmes français.

Le concept d'avion sans pilote, le drone, a déjà une certaine ancienneté. Le V1 allemand, des dernières années de la guerre 39/45, en était déjà un. Sa conception n'est pas aussi difficile que sa réalisation, fiable, efficace, utile. La nécessité faisant loi, c'est Israël qui a été le pionnier de cette technologie, parvenue, entre les mains de leurs militaires, d'une efficacité redoutable. Les américains les ont suivis, ajoutant la quantité que leur permet leur puissance industrielle.

D'abord voués au renseignement, dans le contexte difficile de la lutte contre Al-Qaïda et les talibans , à l'abri des montagnes qui séparent le Pakistan de l'Afghanistan, les drones sont devenus des bombes volantes télécommandées, et frappent les dirigeants des mouvements précités, dès que des renseignements sûrs permettent de les localiser. Le problème est que c'est rarement en rase campagne. Des civils sont frappés en même temps.

Le perfectionnement de l'électronique embarquée et du radio-guidage a permis de concevoir l'étape suivante: l'utilisation des drones comme avions de combat, leurs manoeuvres défensives ou offensives pouvant être réalisées à partir du sol, comme des quantités de gamins le réalisent avec leurs consoles de jeux-videos, sur des cibles virtuelles, comme les élèves pilotes s'entraînent avec des simulateurs de vol.

Oui, et alors? Et bien, la France a décidé de s'y mettre, mais, après la parenthèse qui a suivi pendant deux ou trois décennies notre défaite de 1940, le goût de l'innovation et la confiance en celle-ci, a commencé à faiblir, rejoignant une tradition séculaire. La guerre est une question d'hommes, de courage, de sacrifices. Pas d'armes, de tactique ou de stratégie. Tant qu'il y a des héros, tout va bien.

Donc, à la fin des années 90, notre armée avait déjà été interrogée sur l'intérêt de cette voie de recherche. "en 1999, un premier groupe interarmées français s'était prononcé à l'unanimité contre l'armement des drones."  Zéro mort n'a jamais été l'obsession du commandement français". Les compter un par un, comme cela se fait maintenant, est une option politique, suscitant des sourires crispés.

En lisant cela, je n'ai pas pu m'empêcher de passer en revue notre histoire militaire, marquée par le cramponnement à la prestance, à l'orgueil, au sentiment de supériorité, à la gloire attachée au sacrifice. Crécy, Azincourt, pour commencer. Les guerres de la Révolution et de l'Empire, les premières avec les ressources de courage des soldats improvisés, les secondes avec le génie tactique, l'esprit de décision fulgurant de Napoléon Bonaparte, mais sans aucune modernisation de l'armement hérité de l'armée royale. L'empereur était on ne peut moins économe du sang français!

Puis ce fut 1870 avec ses boutons de guêtres, son Chassepot et ses canons se chargeant par la gueule, 1914 avec son Lebel tirant au coup par coup, ses pantalons rouge garance sur lesquels le sang ne faisait pas de taches, notre canon de 75mm....et ses obus cassables. Et les assauts à la baïonnette, face aux mitrailleuses allemandes, qui liquidaient un régiment en quelques heures. 1940, enfin, qui nous imposa une bataille comme aucun de nos diplômés de l'École de Guerre ne l'avait imaginée. Sauf un Colonel, Charles de Gaulle, dont les oeuvres furent plus lues par les allemands que par ses chefs. Nous nous rattrapâmes en nous servant plutôt bien des armements livrés par les américains, et, pendant les années qui suivirent, les leçons de notre légèreté nous poussèrent à l'effort de conception et de réalisation d'armements soutenant la comparaison avec ceux des autres, amis, ou ennemis possibles. Entre les contraintes budgétaires et la fin de la guerre froide, cet effort s'épuise.

Cette nouvelle façon de faire la guerre (aérienne) pose des problèmes éthiques et juridiques, même si les dommages collatéraux ne sont pas supérieurs à ceux des bombardiers "classiques". Mais leur tort supplémentaire est d'être faits " à l'aveuglette". 

Cependant, les considérations narcissiques ne sont pas absentes des doutes des militaires. "Il ne faudrait pas que cela devienne la guerre technologique des lâches contre la guerre des héros (humains)", dit un aviateur, cité en guise de conclusion.

Nous y revoilà! 

Sceptique