Entre les agences de notation et les paniques boursières, les nerfs des dirigeants européens ont été mis à rude épreuve. Et le choeur des économistes, qui, comme dans toute tragédie antique, explique aux béotiens ce qu'ils ne pourraient pas saisir des dialogues, est inaudible...par excès!

Lisant sur un de leurs blogs un échange vif et dépourvu de toute conclusion possible, je l'ai qualifié de "picrocholin". Non, m'a fait remarquer un de mes fidèles correspondants, le débat n'était pas "picrocholin" au sens que Rabelais avait donné à ce mot de son invention. Simplement, la science économique n'est pas une science exacte, et ne saurait satisfaire et convaincre l'unanimité des spécialistes et des profanes.

Il faut cependant admettre qu'à sa base, il y a les quatre opérations arithmétiques, à l'exactitude difficilement contestable. L'erreur n'est donc pas du côté de l'émetteur, la situation économique réelle, mesurée, mais du côté des récepteurs, tous pourvus de filtres subjectifs, ou calés sur une fréquence unique. "Il n'est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre".

Mais alors, où chercher la vérité la plus proche de la Vérité? Cette dernière doit bien être quelque part, mais son sort n'est pas enviable. Les spadassins de tous bords sont à sa recherche pour lui faire la peau. Seules les Vérités mortes ne parlent pas! Et, à bien réfléchir, n'avons nous pas, tous, au fond du coeur, une envie de tuer l'idée qui nous déplaît (et celui qui la porte), qui augmente notre angoisse, ou contrarie nos projets?

Pourquoi l'Europe, qui vivait plutôt bien, jusqu'en 2008, qui était considérée comme un eden enviable, par beaucoup d'hommes dans le monde, qui avait plutôt bien encaissé la crise, grâce à ses dispositifs sociaux amortisseurs, semble à la fois "larguée" par la reprise, tirée par les pays émergents, et même par les États-Unis, d'où la crise est partie, et dont on ne donnait pas cher, et connaît, en plus, une crise de confiance interne et externe? À l'intérieur, les souverainistes se frottent les mains, rêvant du retour à l'Europe des nations, d'avant-guerre. À l'extérieur, ce sont les économistes des pays qui s'en sortent mieux, qui nous font le coup du mépris, et nous annoncent notre échec à coup sûr.

S'il est une construction humaine qui ne doit rien à la Nature, qui est l'oeuvre d'une Culture, c'est bien l'Union Européenne, qui s'est faite contre toutes les rancunes accumulées au long des guerres civiles et internationales, et soigneusement entretenues, dans des buts le plus souvent inavouables. Tout au long de son élaboration, l'Union Européenne a été le résultat de la Raison, contre les passions. Quand "Elle" se sort d'une crise, c'est que la Raison s'est faite Passion pour l'occasion, pour faire le poids contre les passions défaitistes ou centrifuges.

Alors, c'est vrai, on ne peut pas raser une montagne, détourner un fleuve d'un bout à l'autre, assécher une mer*, même si on les préférerait autrement. Alors qu'on peut dynamiter des statues, incendier un Parlement, assassiner un dirigeant politique, en espérant prendre le pouvoir.

 C'est pourquoi, après s'être bien engueulés, dans leurs salles de réunion calfeutrées, nos dirigeants se décarcassent pour trouver les solutions "raisonnables" à la crise. Tandis que ceux qui veulent la peau de cette Europe là, à droite, et surtout, à gauche, s'emploient à dénigrer les efforts et leurs auteurs, rêvent de dislocation, de retour aux indépendances jalouses des nations, ou d'une révolution qui se répandrait comme une traînée de poudre, couvrant l'Europe de barbelés, de miradors. Ils ont des modèles: Cuba, le Vénézuela, la Corée du Nord. L'avantage, c'est qu'on ne sait pas vraiment ce qui s'y passe. La Culture ne peut être vaincue que par l'Ignorance.

Sceptique

* Les soviétiques ont (presque) réussi à assécher la Mer d'Aral. Il n'empêche, ou peut-être en raison de cet exploit, les communistes grecs attendent beaucoup de cette méthode.