Dans ce CIRC là, on ne fait pas les clowns. On y est sérieux parce que ça rapporte plus que d'y faire le clown. La mission était précise: prouver que l'usage du téléphone portable, abusif chez la majorité des utilisateurs, finit par provoquer un cancer du cerveau. 

On a effectivement constaté qu'à partir d'un âge certain, des utilisateurs qui avaient réussi à vaincre la difficulté (propre aux "vieux") d'adaptation aux gadgets inventés par la société moderne, et totalisaient un nombre appréciable d'heures de communication, mouraient, mais de causes diverses. Le gliome du cerveau n'avait pas une fréquence plus grande que dans une population ignorant le téléphone portable (chez les "vieux", on trouve encore des rebelles), et le lien avec l'usage du portable était impossible à prouver. Quant aux jeunes qui avaient associé l'abus du portable avec un décès prématuré, le portable n'était coupable que dans deux circonstances: l'usage au volant, et le suicide après notification téléphonique par l'objet aimé de sa décision de rompre.

On avait donné quatre ans aux épidémiologistes pour apporter cette preuve, qui aurait permis de casser l'autre épidémie, celle de la diffusion, dans le monde, de l'usage...à tous âges, de cette drogue verbeuse. Mais voilà, l'enquête étant multicentrique, les résultats étaient différents d'une étude à l'autre, et il fallait que les disputes entre pro-portables et anti-portables trouvent leur résolution. Au bout du compte, il fallut se résigner à cette conclusion:" le lien entre téléphonie mobile et cancer n'est pas avéré". Façon de demander que l'étude, et ses crédits confortables, fournis par les états, l'Union Européenne, et les fabricants de téléphones mobiles, soient prolongés. Pour la défense de l'emploi, d'une part, pour céder au chantage des anti-portables fanatiques, sans doute aussi.

Mais comme le fait remarquer subtilement le commentateur du "Monde", "Le temps a joué contre les responsables de l'étude". Entre temps, le terrorisme a subi une usure naturelle, les fabricants ont amélioré leurs performances (plus de fiabilité avec moins de puissance), et les humains de tous âges, incorrigibles dès qu'ils sont libres, ont fait la fortune des fabricants et des fournisseurs d'accès*. Il ne nous manque qu'un Charles Trenet pour mettre la mésaventure en chanson**!

Sceptique

*Les fournisseurs d'accès, qui installent les antennes relais indispensables à l'usage du portable, ont eu à subir la même accusation, la même offensive, avec quelques résultats concrets apportés par la justice. Mais, là encore, aux accusations sans preuves, ont succédé des condamnations sans preuves. Elles n'ont donc pas d'avenir.

** "La bavasse du Diable"