Après avoir fait scandale sur les stades, notre sélection a continué dans les vestiaires, et a fini par passer à un acte inattendu, une grève, ou une mutinerie, comme on voudra, avec mise sous les yeux du public mondial du profond malaise, difficilement dissimulé par le verbiage de leur sélectionneur, Raymond Domenech.

Le premier réflexe, bien naturel, du public, des dirigeants sportifs, des politiques "mouillés jusqu'au cou" dans l'affaire, est de crier leur colère, de renvoyer aux "bleus" toute la faute, alors que cette situation n'est peut-être que l'aboutissement de nos problèmes structurels, sociétaux, les mêmes que ceux qu'on retrouve dans notre vie politique ou économique. D'où mon choix de rubrique, "Mon voyage en Gaule", car c'est bien d'un avatar de notre fonctionnement archaïque qu'il s'agit. Nos 22 footballeurs ont ressuscité le village gaulois réinventé par Goscinny et Uderzo, ces archéologues de l'âme française! 

Il ne leur reste plus qu'à rejouer les exploits de ces héros de bande dessinée, de trouver dans leurs rangs, d'ici à demain, l'Astérix qui conduira le jeu, l'Obélix qui assommera à coups de ballon les joueurs qui se mettront en travers, et le druide Panoramix qui saura leur insuffler la magie nécessaire. Car, s'ils gagnent ce match de la dernière chance, en se sélectionnant eux-mêmes, en choisissant leur tactique, en ressoudant leur équipe, en en coordonnant les talents, ils donneront à notre société une sacrée leçon. Jusqu'ici, personne ou presque, n'a été capable de la persuader que le système caporalisme-insubordination n'était pas une fatalité .

J'ajouterai que tout réside dans le déséquilibre des deux contraires. Notre histoire bouge quand l'un prend nettement le pas sur l'autre! "On" se félicitera peut-être de l'acte d'insubordination des "bleus". Mais à eux de le prouver, bien sûr.

S'ils y arrivent, s'ils inversent la trajectoire qui doit leur faire mordre la poussière, s'ils déjouent tous les pronostics sombres qui les accompagnent depuis le début du voyage, quelle leçon politique ils nous donneront!

Ce sera une prime éclatante au couple "liberté-responsabilité" dont la société française est restée phobique, malgré quelques sursauts historiques rapidement figés par le retour de la routine chérie.

D'aucuns me diront:"mais, oui, nous voulons la liberté! Nous sommes en République!" Sans la responsabilité elle n'est que licence! C'est bien ce dont souffrait notre équipe de France, lâchée sur le terrain, après moult sermons, injonctions, mises sur le banc préventives des plus capables. Oui, elle était "libre", mais irresponsable. Des "deuxièmes pompes" avec un "première classe".

Nous avons enfin la chance d'avoir sous nos yeux le résultat d'une dérive de notre société qui combat sournoisement tout ce qui fait de l'ombre par sa réussite, individuelle ou collective, cette dernière exigeant qu'elle ne concerne pas un trop grand nombre. Le rêve d'une réussite d'une masse informelle est absurde. Onze joueurs, sur un terrain, avec quelques réserves sur le banc, décidés à tout faire, et bien, pour gagner, montrer ce qu'ils savent faire, c'est le cas de le dire, c'est jouable !

 Vive le "Bounty" bleu!

Sceptique