Des attaques en règle de personnalités exposées, fondées sur des interprétations, sans la moindre preuve, des actes de violence meurtrière dans les cités, sur les routes, à la suite d'un accrochage, des chauffeurs de bus tabassés parce qu'ils, ou elles, refusent de s'arrêter en dehors des arrêts prévus (leur responsabilité est engagée), sont ils des événements fondamentalement différents, qu'il serait anormal de confondre? 

Ils relèvent tous du climat de haine qui traverse notre société en tous sens, qui légitime plus que le simple manque de respect, mais le mépris, qui va jusqu'à la pulsion de meurtre la plus brute.

Le menu fretin de cet avatar de cette "lutte pour la vie", propre à la nature sauvage, on le trouve maintenant dans les commentaires des journaux en ligne, mais aussi dans les "courriers des lecteurs" de quotidiens respectables. 

Ma dernière trouvaille est une lettre d'un lecteur du "Monde". Il a découvert, et il le dénonce comme "privilège", que les polytechniciens et les élèves des écoles de l'État, payés pendant leurs études, pouvaient faire valoir leurs droits à la retraite au bout de 37 ans de carrière....puisque leurs trois ans d'études sont comptés. Les étudiants "normaux", pointe ce chasseur de privilèges, payent leurs études, et ne jouissent pas de cet avantage*.

Si l'École Polytechnique ne risque aucunement de voir son recrutement diminuer en l'absence de cet "avantage", lié, il faut le rappeler, au statut militaire de l'école, il n'y a pas beaucoup de ses diplômés qui font une carrière complète au service de l'État. Ils "pantouflent" le plus vite possible, aspirés par les grandes entreprises privées qui rachètent sans barguigner leurs frais de scolarité. Combien, parmi eux, déçus par leur carrière, ou pressés de jouir de leur retraite, font valoir leurs droits dès qu'ils sont acquis**?

La réforme des retraites a mis en évidence l'inégalité entre les agents de l'État et des services publics, d'un côté, et les salariés du secteur privé, de l'autre. La première catégorie, solidement syndiquée, a défendu "bec et ongles" cette inégalité, particulièrement en la niant avec force. Mais la vérité ne se décide pas aux voix, ni aux porte-voix, et l'impopularité, habilement entretenue, de la réforme, ne pourra empêcher sa mise en application. Une nouvelle majorité trahira...sa majorité.

Très progressivement, une "tendance" à l'égalisation s'établira. Quelques forteresses, comme la SNCF, capable de prendre tout le pays à la gorge, jusqu'à l'asphyxie, sera épargnée le plus longtemps possible.

Mais? Car il y a un mais! Une révolution peut-elle être déclenchée  par une aristocratie? Pour défendre ses privilèges? Il y a bien l'exemple de l'Iran, après tout. Une révolution (qui n'est jamais qu'une demi-révolution) résulte d'un rapport de forces. La force des révolutionnaires est faite de la faiblesse des institutions existantes.

Si la situation économique et sociale de la France ne le justifie pas, et, surtout, n'y trouverait aucune solution, le climat moral, fait de haines, de jalousies, de violence à fleur de peau, pourrait rendre la société très "inflammable".

Sceptique

*Ils ont maintenant, il me semble, le droit de racheter les trimestres manquants, à partir de l'âge de cinquante ans. Ils ont tout intérêt à le faire: les rachats de points ou de trimestres, à distance du départ, sont très avantageux, si on prend en compte le rendement en monnaie constante, et la sécurité de la répartition. De toute façon, une révolution mettrait tous les compteurs à zéro, et on ne peut pas s'arrêter de vivre dans cette hantise!

**Il fut un temps, maintenant lointain; où ces avantages statutaires étaient des "carottes" attirant des candidats aux carrières publiques, peu prisées par les diplômés.