C'est l'éditorial du "Monde" daté du 3 Juillet qui pose cette grave question, et ose une réponse:"Elle (l'Europe) devrait s'armer!"

Les chiffres des dépenses militaires parlent d'eux-mêmes. Déjà réduites, en moyenne, à 1,5% de leur PIB, les dépenses militaires sont les premières à être rognées dans les budgets de crise, ou de rigueur, comme on voudra. Pendant ce temps là, les États-Unis maintiennent leur budget militaire à 4%, les russes l'ont remonté à 5%, et les chinois, sensiblement plus encore.

L'Europe est un projet...de paix. De mise à plat de tous les conflits qui ont accompagné son histoire. D'apaisement des orgueils nationaux, des sentiments nationalistes de supériorité de langue, de culture, d'aptitude technologique...sans oublier le modèle social, vrai réduit breton, des français. Tous ces sentiments de supériorité sont intacts, mais leur expression est réservée au verbiage populaire, les responsables politiques se chargeant d'arrondir les angles et d'apaiser les tensions ou les irritations à propos de broutilles.

Seulement, la persistance, même sous forme de préférences, de la manie de la comparaison entre peuples européens, fait qu'aucun sentiment de solidarité n'est assez puissant pour soutenir une politique de défense, ou de sécurité, commune. Un "mourir pour Gdansk", ferme et sincère, n'a pas remplacé le "mourir pour Dantzig?" pétri de doute et de refus, des années 30. Pour accepter de mourir pour l'Europe, ou simplement pour une des nations qui la composent, il faudrait un autre esprit que celui qui règne aujourd'hui, où le clivage, sur cette question, entre les peuples et leurs dirigeants, est énorme.

En ce qui concerne seulement la France, imaginons ses incapacités "actuelles" face à une crise comparable à celle de 1938? La cohésion des forces politiques et syndicales,rassemblant les forces du pays  est-elle imaginable?  Pourrait-on voir un pacte de non agression conclu entre Sarkozy, Martine Aubry, et Bernard Thibault, approuvé par l'ensemble des forces politiques et syndicales? Autrement dit, serions-nous plus intelligents qu'en 1938? Il est difficile de penser avec des "si", mais je ne sens pas le résultat!

La société française ne parait pas plus consciente de la nécessité d'une union sacrée, aujourd'hui, qu'il y a soixante-dix ans. Comme nos associés européens n'y sont pas beaucoup plus prêts, que de toute façon, la présence de la France est indispensable au fonctionnement de l'Europe, le recours au bouclier américain est "incontournable", et c'est un baume sur notre impuissance.

Il est remarquable que plus aucun pays européen, y compris la France, ne mène, seul et à son initiative, un conflit extérieur . Nous constituons des forces d'appoint dans des actions menées par l'OTAN, où nous avons notre mot à dire, ou par l'ONU, dont les décisions nous échappent. Le dernier mot, en ce qui concerne l'OTAN, appartient à l'allié américain, qui détermine le projet, la tactique et la stratégie, les méthodes de combat et l'emploi des hommes et des armes. Notre seule souveraineté, et curieusement, l'éditorial du "Monde" n'en souffle mot, s'exerce sur notre "force de dissuasion", ne reposant plus maintenant que sur nos sous-marins nucléaires, lanceurs d'engins. Il y en toujours au moins un, qui patrouille dans les océans du monde. Son utilisation est réservée à la défense ultime de notre territoire, et la décision n'appartient qu'au Chef de l'État. En tant que nation souveraine, la France se préoccupe donc de sa défense. Il en est de même, ou à peu près, pour toutes les forces militaires des états européens, selon leurs moyens. À l'échelon de l'Union européenne, il n'y a rien. À l'image d'une Europe sans sentiment d'identité. Mais qui EST, pour notre plus grand avantage*.

Beaucoup de français, surtout en cette période ce crise, doutent de l'Europe et de ses institutions, lui reprochant son impuissance ou au contraire ses exigences dérangeantes. Comment un ensemble constitué par l'effet de la volonté consciente de ses fondateurs, adapté par petites touches, avec la prudence nécessaire, face à des réactions de peur et d'hostilité toujours latentes, pourrait-il avoir abouti à une conscience de nation, et de nécessité d'une défense commune?

Dans son état actuel, l'Union Européenne n'est pas dans la possibilité de s'armer et de constituer des forces réellement "européennes". Elle ne peut effectivement compter que sur l'OTAN, ses membres, et son principal contributeur, les États-Unis. Et résister à la tentation, pour ces derniers, de dicter à l'Europe l'évolution qui leur conviendrait le mieux.

Ses ennemis potentiels, comme la Russie et ses 5% de dépenses militaires, la Chine, et son "péril jaune", sont trop faibles ou trop loin. 

Sceptique

* L'Europe EST (les autres la voient, l'envient, voudraient bien y entrer) mais ELLE n'existe pas, puisqu'elle n'a pas conscience d'ÊTRE.