Les riches ne devraient jamais se fâcher avec leur personnel, sous aucun prétexte, à aucun prix. Ils devraient tous prendre leçon de la Cour du Royaume-Uni, où il n'est que peu d'anciens serviteurs qui n'écrivent leurs mémoires, et sortent ainsi de l'ombre, par la grâce des tabloïds. 

L'argent ne fait pas le bonheur, et les riches le savent bien, qui ne peuvent, comme British Petroleum, arrêter le flux maudit, qui salit tout, qui rend suspects jusqu'aux liens familiaux. Quant aux amitiés, elles devraient simplement leur être interdites*. Il serait également nécessaire de créer un seuil de fortune et/ou de revenu, à partir desquels, les riches seraient frappés d'indignité nationale, interdits de vote. Un suffrage censitaire, dont le cens serait placé en dénominateur.

Il n'y a qu'un moyen honnête de devenir riche, c'est de gagner au loto. Notre République n'a pas encore pris conscience de l'avantage de posséder quelques citoyens ayant été ainsi distingués par le calcul des probabilités. Elle n'oublie pas d'en faire des contributeurs à l'ISF, mais c'est tout. Pas d'Ordre National du Mérite ou de Légion d'Honneur, Pas de nomination systématique au Conseil Économique, Social....et Environnemental (malgré la belle maison qu'ils peuvent enfin s'acheter).

Revenons aux choses sérieuses! Monsieur X., majordome*, a enregistré, avant de demander son compte, les conversations privées de sa patronne et de ses "amis". Tel le barbier du Roi Midas, il est allé confier (à l'avocat de la fille ingrate de sa patronne?) les précieuses bandes (leur chemin présumé est la ligne droite!). Un exemplaire a été remis à la justice, chargée de régler le conflit d'intérêts entre la mère et la fille,en raison des largesses de la première.

Madame T. était, elle, la comptable privée de Madame Bettencourt. L'âge et la richesse favorisait l'usage de l'argent liquide. Pauvres ou riches, les personnes maintenant très âgées, n'ont jamais adopté le chéquier et la carte bleue. La peur de manquer leur fait préférer les billets de couleur vive. Quand Madame T. passait à la banque pour sa patronne, elle n'en ressortait pas avec deux ou trois cents euros, mais plusieurs milliers, ou dizaines de milliers.

Pour une erreur sérieuse, Madame T. a été remerciée. Elle a remis à sa patronne, contre reçu, les livres comptables qu'elle tenait. On leur accorde maintenant une importance cruciale, bien que la, ou les, banques utilisées doivent avoir la trace de tous les mouvements de fonds, quels qu'ils soient.

Mais, vue la tournure qu'a pris l'affaire, son utilisation politique, surtout, entre la pression exercée par quelques parties prenantes et les médias, et sa rancune naturelle, la comptable s'est mise à jaser. Les amis de votre ennemie, sont vos ennemis, lui a-t-on soufflé. Ses souvenirs sont revenus, de couleur "kraft", ce qui n'est pas loin de "crasse". Les beaux billets verts ou violets**, se retrouvaient dans les enveloppes opaques, et prenaient le chemin des poches des distingués visiteurs, venus dîner, en amis.

À ce stade, on peut parler de dénonciations, d'accusations, d'allégations, mais...de "révélations"? Révéler, c'est porter à la connaissance du public une vérité. Les sociétés n'ont pas mis beaucoup de temps à s'apercevoir que toutes les dénonciations, toutes les accusations n'étaient pas des vérités. Ou pas toujours bonnes à dire. Qu'il fallait le concours de preuves, et qu'en attendant, et ça peut être long, l'accusé, le dénoncé, bénéficiait de la présomption d'innocence. Disposition trop souvent oubliée par le public et ses échotiers. En attendant mieux, le lynchage médiatique est abondamment pratiqué. Si "on" ne le fait pas, les "autres" le font, et gagnent des sous. Qui peut se permettre, à notre époque, de ne pas se baisser pour ramasser de l'argent sur un trottoir?

Donc, en parlant de "révélations", Madame Martine Aubry a oublié le sens des mots, et incidemment, l'affaire Salengro. Elle n'a d'excuse que le temps passé, mais pas la distance. Il y a sûrement une avenue ou un boulevard Salengro dans chaque commune de l'agglomération lilloise. Elle a aussi oublié l'affaire d'Outreau, mais il est vrai que la commère n'était pas de son monde!

Tout ce dont sont accusés Éric Woerth, et maintenant Nicolas Sarkozy lui-même, ne "tient pas la route". C'est vrai, quand le financement des partis politiques était laissé à la débrouille, toutes sortes de procédés contraires aux lois étaient utilisés, par tous les partis. Tour à tour, les trésoriers des partis passaient devant un juge d'instruction, pour s'expliquer sur leurs méthodes illégales. Chaque parti avait sa poule aux oeufs d'or, le bec scotché. Seul le PCF, plus malin, avait un système imparable.

Les partis politiques ont trouvé un terrain d'entente pour mettre fin à ce système, essentiellement à base de fausses factures. Mais la haine de la démocratie ne désarme pas. Au besoin elle invente, quand il est trop difficile de travestir des faits réels. Les nouvelles lois sur le financement des partis et des campagnes ne justifient plus de prendre des risques insensés pour son parti ou sa candidature. Toutes les "révélations" dans lesquelles ces dames se vautrent, se roulent, au prix de leur dignité, ne sont plus vraisemblables.

Ce qui est grave, désolant, même, c'est notre culture politique, qui ne date pas d'aujourd'hui, mais qui devrait nous rendre honteux, tous. Pas seulement ceux qui en sont victimes. Mais évidemment, je suis sceptique. Pas pour rien!

Sceptique
*Madame T. a cité à peu près tout de que la Droite compte de personnalités ayant eu des responsabilités gouvernementales, et ayant honoré de leur amitié Madame Liliane Bettencourt (la réciproque possible, la fréquentation par Madame Bettencourt d'hommes intéressants (par leur conversation) n'est pas digne d'être évoquée°.

**et oui, ça existe encore!

*** Les billets de 200 euros sont de couleur vert vif, ceux de 500 euros (je n'en ai pas encore vu et touché) sont d'un violet soutenu (?).