L'idée est de Michel Onfray*, le philosophe qui, pensant en rond lui-même, comme tout le monde, empêche que la pensée bien-pensante forme un rond parfait.

Michel Onfray rapproche, et il a raison de le faire, la diversité des langues et l'incompréhension entre les hommes qui en résulte, constat transformé par le mythe en une punition divine de l'orgueil humain, et la vogue actuelle de la reviviscence des langues locales, supposées restaurer un sentiment d'identité, nécessairement tourné contre les autres.

Car ces langues vigoureusement combattues par l'école républicaine, à l'appui de la conscience d'appartenir à une nation, sont maintenant entretenues comme des trésors. Elles donnent prétexte à toutes sortes d'exclusions et d'exigences**, et le philosophe a des mots très durs pour décrire le potentiel de haine qui accompagne ces entreprises "thanatophiliques". 

Déjà, nous savons bien que notre propre langue, savourée par les esthètes du monde entier, n'est plus souvent comprise par les étrangers ordinaires. Quand nous en rencontrons en perdition, dans les rues ou le métro de la capitale, il ne nous vient que rarement l'idée de nous adresser à eux, en français, sûrs que nous sommes d'ajouter à leur perplexité. Nous dégainons notre....anglais, pétoire ridicule ou gros calibre, c'est selon.

Mais Michel Onfray a, lui, une aversion manifeste pour cet anglais "d'aéroport", langue dominante, "parce que langue de la civilisation dominante", celle du dollar, traînant toutes les casseroles abhorrées du capitalisme, du business, de "l'avoir". En fait, ce n'est pas pour la langue qu'il a une aversion, mais pour les États-Unis et leur culture.

Alors, le philosophe vante, pour conclure, l'espéranto, cette langue totalement artificielle par ses emprunts multiples, son absence d'histoire, son auto-engendrement. Qui irait comme un gant à un être, sans avoir. De territoire. Habitant de la langue, comme les grecs, affirme-t-il, l'étaient.

"On" dit, pourtant, qu'il ne suffisait pas de parler le grec pour être grec, et d'autre part, on ne naît pas....sans avoir, une mère, et sa langue. Le plus souvent, bien plus que ça.

Si l'espéranto, proposé comme langue universelle permettant de faire l'économie des conflits et des malentendus, "n'a pas pris", ce n'est pas sans raison. Une langue, ce n'est pas simplement une commodité de la conversation.

Sceptique

*"Le Monde du 11-12 Juillet 2010, p.13 

**Comme d'avoir des panneaux de signalisation dans la langue locale.