Décidément, nos centres de recherche en biotechnologies sont bien surveillés, ou très correctement désignés aux fanatiques de la lutte contre les sciences appliquées.

Voilà, pour la seconde fois, une recherche de l'INRA de Colmar attaquée e t peut-être anéantie, par des" faucheurs". Une vigne transgénique, capable de résister à la maladie du "court-noué", d'origine virale, tuant le pied de vigne et rendant le sol impropre à la viticulture. Il n'y a pas, en vue, d'autre solution que d'introduire un gène de résistance dans le génome de la plante. Cette recherche est faite à la demande de viticulteurs, avec l'accord d'écologistes modérés. Mais en cette matière, la modération n'a pas le droit d'être. 

L'importance qu'on se donne n'a pas de limite, puisque l'écholalie des participants à l'action, complaisamment interrogés, présente chacun d'eux comme le peuple français en personne. La Sainte Trinité est enfoncée! 

L'émoi du responsable de l'INRA, qui voit les efforts de son équipe anéantis, fait peine à voir, mais, après tout, il est possible d'imaginer un monde où tous les délits* idéologiques seraient permis, et à ce scientifique éploré, il serait loisible de répondre:"on vous avait prévenu, aucune plainte n'est recevable".

Mais l'étrange est que ce n'est pas le cas. La Loi punit d'un minimum de trois ans de prison les destructions volontaires de cultures expérimentales. Pourtant, nos faucheurs attendent gentiment les policiers sur les lieux de leur forfait, et en reçoivent l'absolution et le "ne péchez plus" qui va avec. Jusqu'à la fois suivante. Car, jusqu'à ce jour, la loi n'a jamais été appliquée en première intention.

L'abstention de la justice est-elle recommandée par le Ministère concerné, à la demande de celui de l'Environnement, ou résulte-t-elle de la sympathie de magistrats du Parquet, en attendant la même mansuétude de ceux du Siège?

La recherche française en biotechnologies subit ce terrorisme depuis des années, et ses équipes, découragées, se dispersent au profit du "brain-drain" américain. Ceux qui s'accrochent, à l'INRA, ou au CNRS, ne le feront pas indéfiniment.

Laisser des chercheurs travailler à la résolution d'un problème qui concerne une activité importante en termes économiques et humains, et dérouler le tapis rouge sous les pieds de fanatiques se moquant des droits de ces professions, est une contradiction qui doit être résolue. 

Ou bien le pouvoir politique ferme les laboratoires qui se vouent à cette recherche, et se sépare des chercheurs, ou bien il leur garantit la même protection que celle qui est assurée aux citoyens et aux agents de l'état, et il fait appliquer les lois qui répriment cette violence. L'absence de risque réel pris par les faucheurs entretient la situation.

Sceptique

* Le crime licite, ce n'est pas encore. On peut même dire que l'indulgence spécifique envers ces délits (de fauchages et de destructions de laboratoires) retarde le recours au crime de fanatiques frustrés. Mais peut on instituer des laxismes ciblés?