"SALAIRES: L'ÉGALITÉ ENTRE FEMMES ET HOMMES N'EST PAS POUR DEMAIN, titre le "Monde" du 19 Août 2010. Et, en sous-titre, une re marque désabusée: les textes législatifs n'ont pas eu d'effet décisif.

L'éditorialiste chargé de la question arrive à la conclusion que ce n'est pas la peine de faire une nouvelle loi, mais, peut-être appliquer des sanctions financières aux "patrons". À partir de données statistiques, fournies par l'URSSAF, par exemple, ou à partir de plaintes des intéressées?

En tout cas, à aucun moment de la réflexion n'apparaît la moindre question sur l'existence d'autres causes méconnues à ce qui paraît bien une exception parmi les pays dits "développés". La tentation de criminaliser les employeurs est à la disposition des commentateurs, et ils en usent et abusent. Pas question de réfléchir de manière scientifique sur cette résistance à la raison, de se poser hardiment une nouvelle question: les femmes n'y seraient-elles pas elles-mêmes pour quelque chose?

Ma profession m'a fait rencontrer un grand nombre de femmes, souffrant de leurs difficultés professionnelles, sociales, ou conjugales. J'ai été pris à témoin de leur histoire, dans son ensemble, depuis leur enfance. J'ai été frappé par la quasi constance de leur sentiment d'infériorité, confinant à celui de "non-valeur", éventuellement masqué par une agressivité systématique qui se retournait contre elles, ou par des conduites d'évitement de tout conflit, "a priori" perdant . La restauration  d'un amour-propre, d'une confiance dans leurs capacités, finissait par permettre des actions qu'elles n'auraient jamais pensé possibles.

En contrepoint de ce constat désespérant, j'en ai rencontré une qui m'a démontré le caractère culturel de ce point faible de notre société.

Américaine de naissance, diplômée d'une Université américaine, elle était mariée à un français, vivait, et travaillait en France. Son mari s'inquiétait fort d'un comportement surprenant, au moins dans le contexte économique du moment, marqué par un important chômage, touchant toutes les catégories professionnelles, des simples employés aux cadres.

Cadre supérieur, bilingue en raison de son parcours, Madame inquiétait son mari parce qu'elle se permettait de "virer le patron" quand celui-ci manquait de considération à son égard. Elle démissionnait, faisait son préavis, et allait se faire embaucher par un autre, à un salaire supérieur. Une vraie maladie, n'est-ce-pas?

Un peu ébranlée par le doute, Madame se demandait quand-même si elle avait besoin, pour ce "problème", d'entreprendre une psychothérapie ou une analyse, qui n'étaient même pas SA demande. Dans les autres secteurs de sa vie, il n'y avait rien qui semblait la faire souffrir ou simplement douter de ses choix. Je lui fis part honnêtement de mes propres doutes, et lui proposai un temps de réflexion. Elle conclut que, non, elle ne désirait pas, elle n'avait pas besoin, de faire ce travail sur elle-même.

L'obsession idéologique de l'égalité fait oublier que les conditions initiales des filles ne sont pas les mêmes que celles des garçons dans la majorité des familles, contre toute justice interne, d'ailleurs. Non seulement les filles traînent un déficit d'image, de valeur, mais elles sont, indépendamment des particularités de leur éducation par leur mère, et leur père, perplexes face aux choix que leur nature leur permet: être femmes, être mères, être, socialement, des hommes, leurs égales dans la compétition qui caractérise le monde masculin. La négation de ces évidences ne leur apporte aucune solution.

Les femmes "qui s'en sortent", professionnellement, politiquement, ne le doivent qu'à elles-mêmes, par leur lutte intime contre ce qu'elles ont crû être leur "destin"*. Elles ont fort à faire, même encore aujourd'hui, et, le plus souvent, dans notre société machiste,  elles sont accueillies par des réactions humiliantes, injurieuses, méprisantes, dubitatives, difficiles à "gérer" habilement**.

La peur, en général, celle du lendemain, en particulier, rongent notre société française, infiltrant la méfiance, la résignation, la condamnation de toute audace. Les femmes en sont, réellement, davantage victimes que les hommes, plus particulièrement celles qui ont charge d'enfant(s).  Aucune loi protectrice, aucune discrimination positive, ne pourront régler le problème. Chaque génération fournit un contingent un peu plus grand de femmes débarrassées de leur "complexe", et on peut attendre d'elles qu'elles transmettent à leurs propres filles cet acquis. Nous en sommes encore trop loin, c'est vrai, mais pour réaliser ce qui est encore un exploit, sans se dénaturer, c'est une "révolution intérieure" qu'il faut. 

Tout être humain, fille ou garçon, doit passer, pour sa sécurité, pour un bon fonctionnement familial et social, par le remplacement du "non" spontané, individualiste, au "oui", expliqué, raisonné, véhiculé par l'amour. Devenu adulte, il doit réapprendre à dire "non", mais pas sur le mode de l'enfant.

Sceptique

* Le mot destin devrait être banni du vocabulaire d'une société moderne. Il ne concerne plus vraiment que le corps, "destiné" à mourir.

**Les femmes qui ont émergé dans l'impitoyable monde politique, annexé par le monde médiatique, sont systématiquement caricaturées à partir de leur sexe. Le photo-montage pouvant figurer dans une cabine de camionneur est très tendance.

Note du 22 Août 2010: Une nouvelle étude détecte une autre discrimination professionnelle et salariale, celle des homosexuels, qui subiraient, dans le secteur privé, mais également dans le secteur public, une discrimination qui se traduit par un avancement ralenti et un salaire moindre. Dans le secteur public, réputé égalitaire, cela semble incroyable. Il est évident que ces différences sont de nature hostile, intolérante, et qu'elles ne mettent pas en jeu le narcissisme des victimes, inconsciemment, en tout cas.

À signaler: l'ouvrage de Gérard Pavy, "La parité: enjeux et pièges" La dynamique des sexes au travail- l'Harmattan