Dans mon précédent billet, j'évoquais le manque d'enthousiasme des européens en général, des français en particulier (à peine 40%)  à faire des dons aux malheureux du monde, actuellement les pakistanais et les peuples du Sah el. Cette soudaine indifférence aux malheurs du monde me paraissait liée à la crise, à la peur pour le lendemain qu'elle avait générée, et que la reprise mondiale n'apaise pas encore. 

La conscience de notre malheur, exceptionnel, nous permet d'oublier qu'il est le même pour toute l'Europe et, au delà, pour tous les pays développés, comme le sont les États-Unis et le Japon. Elle ne nous a pas empêchés de partir en vacances, en faisant attention à la dépense, ni dissuadé nos vrais prolétaires de préparer des grèves pour la rentrée, histoire de rappeler au gouvernement qu'il est le seul responsable du tarissement relatif des flots d'argent. Encore deux ans à attendre pour ouvrir les vannes en grand, mais la patience manque aussi.

Quand l'Amérique va, tout va, et nos pythies économistes ont les yeux rivés sur la bourse de New-York, où est mis sur la table, tous les jours, le bulletin de santé, financier et moral, des entreprises et des consommateurs américains. Les thermomètres européens et asiatiques suivent les mouvements de Wall Sreet, en respectant le décalage horaire. 

Ces consommateurs américains, flambeurs de toujours (enfin, de mémoire des vivants d'aujourd'hui), seraient devenus soudain économes, épargnants, boudant grosses bagnoles et villas de cinéma*. Les industriels et les entrepreneurs tirent la langue, suivis par les banquiers, qui gardent sur les bras leurs crédits, même à intérêt négatif!** 

Ce que les américains produisent ne leur suffisait déjà pas avant la crise. Ils vivaient à crédit, et leur nation, aussi. Bien qu'elle soit de forte valeur ajoutée, leur production ne dispose pas des circuits d'exportation prêts à les écouler. Il leur faut les rouvrir, les retracer, investir dans la R&D. Cela ne se fait à la minute. Mais déjà, l'Amérique réfreine la solution de facilité de l'importation, et son chômage se maintient à un niveau trop élevé (pour elle), les entreprises cherchant à faire baisser leur coûts (comme chez nous, dis!).

L'Amérique, je le répète, est le tambour major du défilé des nations développées, le premier violon des mêmes, formées en orchestre. La canne qui échappe des mains ou la grosse fausse note, et l'harmonie est mise à mal. 

Notre amour-propre doit céder à notre raison, notre charité bien ordonnée doit prodiguer à nos chers américains les meilleurs voeux de s'en sortir au plus vite et nous tirer de l'ornière par la même occasion. 

Sceptique

*L'Expansion.com, du 28/08/2010, "Pourquoi la croissance américaine ralentit"

**Intérêt d'un taux inférieur à celui de l'inflation. Rare, très rare.