La Chine a réussi le tour de force de faire tenir ensemble, jusqu'à ce jour, un système politique communiste, où le pouvoir est réservé aux communistes, qui se cooptent les uns les autres, et une économie qui a l'esprit conquérant et offensif du capitalisme. Elle en présente tous les avantages, la possibilité de s'enrichir sans limites pour les patrons*, et l'exploitation de l'homme par l'homme, mais dans la bonne direction. 

Ce qui paraît tout à fait essentiel aux dirigeants chinois, c'est l'absence de liberté, cette impureté majeure. La vacuité en la matière est entretenue avec vigilance. Toute molécule un peu agitée est promptement placée dans un récipient étanche de béton et d'acier .

L'économie n'est pas exemptée par le dernier mot réservé à la politique, laquelle, j'insiste, est l'affaire réservée des communistes. Normal, la possession d'une carte du Parti étant un facteur multiplicateur du quotient intellectuel.

Ils ont beau disposer d'un génie à la fois naturel et caractère acquis, les dirigeants de tous niveaux sont sensibles aux critiques, ont un amour-propre fragile. Ils ont été très chagrinés par l'accusation, portée par les longs-nez jaloux, de polluer la planète avec leur charbon brûlé sans mesure. La Chine en regorge, et ses citoyens sont tous prêts à sacrifier leur vie pour en extraire le plus possible. Mais cette accusation de polluer gravement l'atmosphère, d'être responsables du réchauffement du climat, les a bouleversés.

Ils ont donc décidé de rationner l'électricité, comme ça, uniquement pour brûler moins de charbon, au grand dam des entreprises qui font la gloire de la Chine laborieuse. Privées d'électricité, ces entreprises se sont tournées vers les groupes électrogènes, et pour cela, ont mis à sec toutes les réserves de carburant, contraignant 2000** stations-service à fermer, dans le sud du pays.

Nous connaissons cette forme de martyr, et son absence d'efficacité sur les vertus civiques et autres. Profitant d'un conflit politique, la CGT avait pris le pouvoir ça et là en France, et montrait ce qu'elle pouvait faire pour notre bonheur.

Mais là bas, en Chine, la CGT a, sous un autre nom, LE POUVOIR, et le tient bien, sinon intelligemment. Son efficacité a du gêner certains copains, qui ont dénoncé le zèle des gardiens des disjoncteurs. Les copains journalistes en ont parlé, et l'affaire a été réglée sans bruit.  

Cette histoire devrait nous faire réfléchir à l'avenir radieux qui nous est proposé. Mais, hélas, je sens que je suis, à ce propos, comme à bien d'autres, désespérément...

Sceptique

*S'ils dépassent les bornes, ils peuvent se prendre une balle (payante) dans la tête. Chez nous, cela reste à l'état de fantasme. Mais il vaut mieux que le port d'arme soit très strictement limité.

** Une exagération, très dans l'air du temps, m'a fait écrire 200.000, après une nuit portant mauvais conseil. Que mes lecteurs pardonnent ma mauvaise foi.

"Courrier international" du 8 Novembre 2010 (titres et résumés des articles)