Je n'avais accordé à Éric Cantona, qui veut détruire les banques  en incitant leurs clients à vider leur compte tous en même temps, qu'un sourire incrédule. Si ses proclamations semblent à prendre plus au sérieux, c'est qu'elles sont relayées par les internautes, et qu'elles lui ont valu un "re-cadrage" de la part de Christine Lagarde notre Grande Trésorière.

Un autre fait m'a décidé à prendre l'affaire comme sujet d'un billet (pas de banque): le cambriolage dont a été victime Ségolène Royal, dans la très cossue commune de Boulogne-Billancourt, à son domicile parisien. Ce qui est précisé par les médias, c'est que "rien n'a été volé". Mais une belle mise à sac tout de même, les tiroirs retournés, et leur contenu dispersé.

La mise en cause immédiate des hommes de main de Sarkozy, proférée par la victime et reprise par les choristes du PS, ne tient évidemment pas la route. Les cambriolages par effraction, et leurs méthodes expéditives de recherche d'argent ou de bijoux, sont la plaie chronique des villes, riches ou pauvres.  À la campagne ils prennent la forme de raids, qui s'abattent sur un territoire, et l'écument en quelques coups. Puis, la bande déguerpit. Car une fois l'alerte donnée, leur repérage est plus facile.

Donc, si "on" n'a rien volé chez Madame Royal, c'est qu'il n'y avait rien à voler . Mais imaginons l'affaire après la date, dite fatidique, du 7 Décembre prochain, et que, trouvant sympathique et bien "à gauche" la proposition d'Éric Cantona, Madame Royal ait fait un gros retrait à sa banque, pour "participer" (c'est son mot préféré de candidate). Les cambrioleurs auraient été heu-reux !

Bon, bien sûr, je ne pense pas vraiment que Madame Ségolène Royal approuve cette manoeuvre stupide, et encore moins y participe. Mais les moutons qui suivront le berger Cantona ne seront ni les riches, ni les gens raisonnables. Ce seront les naïfs qui font de l'ignorance en économie leur passion quotidienne. Pas forcément pauvres, mais pas riches. Quand ils auront sorti leur mois de salaire ou le contenu de leur livret, où cacheront-ils leur liasse de billets? Auront-ils une allure décontractée en sortant de leur banque, ou quelque comportement inquiet pouvant les faire repérer par des voleurs à l'affut?

Il y en aura forcément quelques uns qui se feront dévaliser dans le premier coin sombre et peu passant qu'ils auront à franchir. C'est toujours le jour de l'ouverture de la chasse qu'il y a le plus de gibier. Les victimes ne béniront pas leur gourou! 

Un compte dans une banque est plus sûr, de notre temps, que n'importe coffre-fort caché derrière une croute. Si les lessiveuses existaient encore, elles seraient promptement vidées. De plus, ce n'est même plus avec l'argent de nos comptes que les banques gagnent leur vie*.

Sceptique

*Quand, en 2008, nos banques se sont trouvées gravement exposées à des faillites en cascade, la première décision du Président Sarkozy a été d'engager la garantie de l'État sur les comptes particuliers, au "premier euro".