L'enfer nous était promis. De degré en degré, notre terre se ferait fournaise, le Groënland, une nouvelle Toscane, cette dernière, perdue, grillée, carbonisée. Étienne parcourrait l'Arctique en hiver à la recherche d'un peu de fraîcheur. 

À mille lieues plus au Sud, nous nous apprêtions à mourir de soif et de faim dans notre nouveau désert, dont les anciens arbres dresseraient leurs branches noires et nues dans le ciel chauffé à blanc. Tout ça, à cause de notre boulimie d'enfants gâtés, ne roulant qu'en voiture à moteur, ne mangeant que des fruits d'Afrique du Sud ou du Chili, de l'agneau des antipodes, des poissons des Kerguelen ou d'Islande, des haricots verts du Kenya, sans oublier la perche monstrueuse du Lac Victoria, l'autruche du Cap et le kangourou d'Australie. Fauchon et Hédiard ne nous épargnaient aucune tentation. Un sinistre ou joyeux "Après nous le néant" était le cri du coeur des junkies de la société de consommation.

Et voilà que depuis trois ans, dès Janvier, bousculant les prières, les processions, les Te Deum et les Grands-Messes, Morok* nous revenait, avec ses anti-cyclones sibériens, congelant tout sur son passage, jusqu'à quinze jours d'affilée.

Mais cette année, il a fait encore plus fort, n'attendant pas Décembre pour s'abattre sur le monde se prétendant tempéré, distribuant, larga manu, froid et neige, semant la désolation chez les accrocs de la bagnole et les serviteurs motorisés de nos boulimies. En prévenant, tout de même, poliment.

En vain, comme souvent. Nous n'en sommes plus à la vie calme au coin du feu d'autrefois. Le travail, c'est la santé, de notre économie, de nos boutiques, petites et grandes, de nos usines, de nos bureaux. Il faut y aller, et en revenir. Il faut, pour d'autres, rapprocher des bouches les victuailles qu'elles veulent engloutir. 

Il faut braver le mauvais temps, prendre tous les risques, pour une fête de Noël dont chacun craint qu'elle soit la dernière. Mais la bravade n'est pas récompensée. La neige immobilise tout le monde, petits ou grands, consommateurs et transporteurs. Les forces vives du pays sont paralysées.

Que fait le Gouvernement? Pourquoi nous abandonne-t-il? Pourquoi le sel n'attend pas la neige, pour fusiller chaque flocon avant qu'il ne touche le sol?

Le Gouvernement commente, analyse, promet, rassure...et n'y peut rien. Il en est si contrit, que faute de pouvoir se couvrir la tête de cendres, il envoie la météo dans le désert, chargée de tous les péchés. 

Heureusement, le prochain (gouvernement) nous promet de mettre bon ordre à ces caprices climatiques. Sainte-Ségolène promet une fessée....à DSK**. Tandis que le Choeur des Petits Chanteurs à la Rose psalmodie les mérites de nos voisins, qu'aucune tempête ne démoralise.

Le Gouvernement a eu tort, bien sûr, de prendre la faute sur lui, ou sur ses services. La faute est à notre civilisation, devenue sourde aux avertissements, fonçant dans le brouillard ou dans la nuit à la recherche de son bifteck. Que deviendrions-nous, sans routes, sans voitures, sans camions? À l'approche de Noël, en plus! J'entendais Catherine Gentile répondre à la question de Jean-Pierre Pernaud, sur ce qui se passe en Angleterre? Exactement la même chose, mais le flegme britannique à la place de la rouspétance française.

Sceptique

*Morok, Dieu du Froid de la mythologie russe. Quant à Borée, il est banalement grec.

**Si elle était présidente, elle remonterait les bretelles à son Premier Ministre. Se reporter à ses propos récents.