Sans doute en raison de ses suggestions croustillantes, la presse profane s'en est emparée: nul n'ignorera désormais que les larmes des femmes inhibent le désir sexuel des maris et amants "normaux". 

L'étude, "scientifique", ne s'est pas intéressée à la situation créée par les violeurs récidivistes. On sait pourtant qu'ils sont excités par les réactions émotives, en principe négatives, de leurs victimes*.

Quelle drôle d'inhibition, se sont dit les savants. Comment est-ce possible qu'un homme soit découragé par les larmes d'une femme? 

Nul doute, pour eux, qu'en même temps que ses larmes coulent, la femme émet des anti-phéromones qui font débander le mâle.

"Et la tendresse, bordel?" Tendresse? Kézako? Quelle est sa formule chimique? Sa localisation cérébrale? Sa détermination génétique? L'absence d'une quelconque de ces réponses élimine le concept.

Ce genre d'étude prolifère, depuis quelques années. Une certaine vraie science veut reprendre le terrain de l'humanité de l'homme, le réduire à un animal entièrement déterminé par les besoins de l'espèce. Pour ces savants, les états d'âme, les sentiments, les valeurs morales, doivent, pour être admis, prouver leur identité anatomique et chimique. Les sciences humaines ne sont que billevesées, adonnées aux discours les plus farfelus et les moins mathématiques.

Je ne suis pas négateur de l'animalité de l'homme. Le corps existe, bien sûr, avec ses niveaux d'organisation, qu'il partage avec tous les vertébrés. Mais ce qui le spécifie, c'est ce branchement avec les autres qui s'appelle l'humanisation, et qui comprend le langage, la culture, les valeurs.

Un homme qui comprend les mots et les messages non verbaux, qui inclut sa sexualité dans ses valeurs, qui plaque sur elle le fantasme du partage et de la réciprocité,  n'a pas besoin de signaux chimiques pour savoir que "ce soir, ce n'est pas le moment."

Si la situation est répétitive ou se chronicise, elle est affaire des psys ou des avocats. La médecine scientifique n'offre pas de solutions.

Sceptique

* Le viol est une spécificité humaine. 

J'ai lu dans la page scientifique du "Monde" (8/1/2011, p.17) l'étude israélienne qui a abouti à ces conclusions. La méthode est correcte, les arguments sont fondés (modifications fonctionnelles détectables par IRM). On est cependant en droit de se demander qu'elle est l'incidence réelle de cette communication chimique dans les conditions habituelles de l'existence humaine.