Il s'agit ici de la science de la déraison, que les sciences dures désavouent. Que se passe-t-il dans notre société pour que les pères se mettent à tuer leurs enfants, pour se venger de la femme qui les a portés, et qui ne les aime plus?

La maternité a été jusque il y a peu de temps, l'apanage de la mère. C'était aussi la malédiction de la femme, promise aux douleurs de l'accouchement, et à la mort en couches. Les hommes ne revendiquaient rien de ce côté, leur sort étant relativement enviable, et envié. La mise au monde d'un garçon était pour une mère le summum de sa fierté: être capable de fabriquer ce petit engin dont elle était privée, grâce à la capture de son équivalent paternel. 

Jusque dans les années d'après-guerre, la dernière, les femmes avaient la charge ingrate de fournir des bras aux champs et aux usines, des corps complets aux armées, des héritiers aux lignées de leur maris. Un demi-siècle auparavant, il leur fallait en mettre au monde beaucoup, la mortalité infantile réduisant sévèrement le rendement. À l'orée du vingtième siècle, l'ère pastorienne, avec son apport de l'hygiène et des vaccins mit fin à ce gaspillage, et créa un nouveau problème, les familles trop nombreuses, plus nombreuses que nécessaire. Le recours au travail des femmes pendant la guerre de 14-18, grande dévoreuse d'hommes, commença à les faire douter de l'unicité de leur destin, composé uniquement de devoirs "féminins". Le féminisme fit son apparition, dénonçant l'injustice faite aux femmes, l'inégalité imposée, leur statut de mineures, la "nationalisation" de leur corps. Si cette contestation ne fit pas vaciller les machistes, purs et durs et encore nombreux, de doux intellectuels leur prêtèrent une oreille attentive, et reconnurent qu'il y avait quelques progrès à faire.

L'accélération du changement fut manifeste: égalité politique, égalité de l'instruction, égalité professionnelle, dans la foulée, contraception,  IVG, furent les principales étapes d'une complète égalité. L'ultime étape restait le très enraciné sentiment masculin de supériorité, qui se barricadait dans le maniement du cric et de la clé à pipe, et quelques autres "épreuves de force" (au singulier). Il fallait reconditionner les petits mâles très tôt, dès le jardin d'enfants, la maternelle, l'école primaire. Au Collège ou au Lycée, c'était déjà peine perdue.

Il reste encore quelques machos. "Un homme est un homme, c'est naturel en somme", n'en déplaise aux papesses du féminisme. Il y a encore trop de femmes qui souffrent à cause d'hommes. Mais il commence à y en avoir beaucoup qui souffrent à cause d'hommes trop bien féminisés, au point, précisément, de ne pas bien savoir ce qu'ils sont.Ce sont des hommes adorables, filant doux, et papas-gâteaux, changeant les couches, préparant les biberons, et passant l'aspirateur. Tant que le couple va bien, l'interchangeabilité soulage la maman, lui permet de mener sa vie professionnelle ou sociale sereinement. Alors qu'autrefois l'homme abandonné démasquait sa brutalité meurtrière, et la déchargeait sur l'épouse, sa propriété, l'homme d'aujourd'hui médite sur ses insuffisances, doute de lui-même, et se voit arracher, avec l'accord de la justice, ces enfants qu'il a désirés, nourris, baignés, promenés. Il va se retrouver seul, comme autrefois les femmes abandonnées, mais sans ces enfants qui les contraignaient, elles, à tenir le coup. 

Les hommes qui passent à l'acte, qui saccagent ce qui a fait leur bonheur, et qui ne fait plus que celui de la mère, sont victimes d'un "retour du masculin", de la pulsion de meurtre écrasée par l'éducation, le reconditionnement pour l'égalité des sexes* (les filles doivent se viriliser, les garçons se féminiser). Mais à la castration répondra une égale castration. Le talion.

Sceptique

* Certains penseurs en sont arrivés à faire de la différence des sexes un fait de culture, dont la relativité est patente, effectivement. Il y a déjà quelques millénaires que l'humanité a quitté l'état de nature, mais en l'aménageant, en l'apaisant...et en lui laissant quelques apparences permettant l'identification. C'était sans doute encore trop.