Éva Joly, qui nous est arrivée de Norvège, il y a quelques dizaines d'années, a fait la démonstration de ce qu'est une vraie pensée de gauche, celle qui annonce que la vraie vie, c'est l'austérité, c'est le renoncement à cette civilisation qui profère que tout le monde a droit à la richesse, mais que ce droit ne peut être exercé par tous. Sa franchise sous-entend que les autres gauches mentent, soit qu'elles promettent qu'il y aura le même accès à l'abondance pour tous, sans qu'il en coûte plus, sans qu'on travaille plus, bien au contraire, soit qu'ils annoncent que la confiscation des avoirs des riches, suffira à faire la fortune des pauvres.

Il y a une cohérence entre cette pensée et l'écologie, car cette dernière se clive entre la tendance à annoncer une régression ou une stabilisation de l'activité économique, sans qu'il en coûte un quelconque sacrifice de confort, de nourriture, et de liberté, cette dernière valeur ayant la fâcheuse tendance à se muer en licence, et celle que décrit Éva Joly. Qui met cartes sur table. Son écologie, à elle,  sera pure, dure, et frisquette*. Le modèle qui lui colle à la peau est le modèle norvégien, plus égalitaire que n'est le nôtre, plus frugal, oh, combien, où la jouissance est faite d'air pur et d'eau fraîche, et non de bonne bouffe et de bon vin.

Son opposition à la majorité actuelle et à son chef, Nicolas Sarkozy, est donc radicale. Elle fera tout pour que son mandat ne soit pas renouvelé, et ses voix, si elle est désignée comme candidate d'Europe Écologie-Les Verts, iront au candidat, ou à la candidate, de l'opposition, le mieux placé. Y compris s'il s'agit de Dominique Strauss-Kahn, car, précise-t-elle, elle fait une distinction entre le FMI, institution qui produit une doctrine, et son directeur, qui a mission de l'appliquer, sans état d'âme.

Elle maitrise parfaitement la rivalité possible d'un Nicolas Hulot, "propriétaire" d'une autre écologie, plus prophétique que politique. Elle s'engage, en cas de primaire favorable au producteur de reportages à sensations, à l'aider et à le soutenir dans sa campagne, ce que lui omettrait de jurer. Cet esprit de sacrifice impressionne, car si Éva Joly ne fait pas le plein des voix écologiques, ce sera parce que son sérieux aura effaré les écologistes "mous", tandis que Nicolas Hulot ne devra son échec qu'à son absence de crédibilité. Mais on est rigoriste ou on ne l'est pas.

Comme le trio de journalistes, mené hier soir par Alba Ventura, l'attendait sur la fronde des magistrats et de l'ensemble de l'institution judiciaire, je rapporterai ses réponses. Il n'est pas vrai, selon elle, que les magistrats sont dépourvus d'émotion face à l'horreur de certains crimes. La justice française est bien parmi les plus pauvres (35 rang des pays développés), les magistrats sont sérieux, durs à la tâche, et plus sévères que dans bien d'autres pays de l'Europe. Outreau est la défaillance de toute notre société, en particulier, des médias. La mise en accusation à la légère** de la justice, le projet de changer les conditions de poursuite des mineurs ne changeront rien à leur violence.

Le vrai débat, avec l'écologie et ses représentants, porte sur une seule valeur, en fait: y a-t-il des vérités suffisamment assurées en matière de changement climatique et de nuisances humaines, pour qu'on renonce à la liberté, une conquête pas si ancienne que ça, et loin d'être généralisée? La vraie écologie est incompatible avec la liberté. Elle est totalitaire par essence, elle appelle l'état de siège.

Sceptique

*Le remède des frissons, c'est un bon "jogging"!

**Dans les propos tenus à Orléans sur le meurtre de Laetitia Perrais, le chef de l'État a dit: "S'il y a des fautes, il y aura des sanctions." Il s'en remettait aux résultats de l'enquête interne. Une magistrate interviewée a bien dit:"il y a toujours eu des faits divers, il y en aura toujours." Le délayage de la responsabilité du Tribunal de Boulogne-sur-Mer dans l'ensemble de la société française est plus que discutable. Madame Joly ajoutera, à propos des difficultés du tiers-monde, qu'ils sont de notre faute (les occidentaux, pas seulement la France, non!)