Dans un article publié par le "Monde" daté du 16 Février 2011, Madame Claire Sécail, Chargée de Recherche au CNRS, fait de la place prise par le fait-divers dans l'action politique du Président Nicolas Sarkozy, un véritable projet politique de manipulation de l'opinion, de type populiste. 

Elle situe dans les années 1970 les prémices de cette évolution, incarnés par les Ministres de l'Intérieur de la fin de la présidence du Général De Gaulle, puis des Présidents Georges Pompidou et Valéry Giscard d'Estaing. Un "blanc", d'une durée de vingt ans, couvrant les années Mitterand et la troisième cohabitation assurée par Lionel Jospin, fait passer l'étude directement à 2002. Si, en 1970, la couverture des faits divers occupe 4% des journaux télévisés ( qui rendent possible la diffusion immédiate des informations à l'échelle nationale), celle-ci atteint 18% du contenu en 2002, et 13% en 2008. S'agit-il de l'effet du retour de la Droite aux affaires (mais pourquoi donc?), ou de la hausse réelle de la délinquance, dont on parle enfin?  L'étude n'en dit rien.

Le changement qui marquerait le présent serait la prise en mains par le Président de la République en personne de ce "poste" du bilan gouvernemental, au lieu de le laisser à son Ministre de l'Intérieur, et d'en tirer matière à critiquer les exécutants qui ont en charge ce problème de la criminalité, les polices, parfois, la justice, trop souvent.

Autrement dit, la médiatisation de la criminalité, l'utilisation politique de la peur (d'en être la victime de demain), résulterait d'une volonté politique machiavélique, "populiste". Quant aux journalistes, sans être dupes, ils se feraient suivistes pour des raisons bassement commerciales (le fait-divers fait de l'audimat).

Ce que laisse entendre l'auteure de cette étude et de sa synthèse livrée aux lecteurs du Monde, c'est qu'il n'y a aucun autre paramètre que ce populisme droitier, à l'origine de l'exploitation du "fond" criminel à l'oeuvre dans la société française. Si la gauche était au pouvoir, elle n'en ferait pas état, elle s'occuperait des problèmes sérieux, comme le chômage, le surmenage des services publics, la précarité des jeunes. Un Président de gauche ne s'abaisserait pas à recevoir les familles des assassinés de France. Cette attitude a, et aura, sa préférence.

Ce qui est complètement laissé de côté par cette étude, c'est le développement, indépendant de la politique, des ressources de l'information, à la fois qualitatives et quantitatives. Il n'existe pas de chaîne de télévision qui n'ait son journal télévisé, il y a au moins quatre chaînes entièrement consacrées à l'information, tous les grands organes de la presse écrite ont leur version numérique pluriquotidienne et en partie gratuite, diffusée par Internet. Il me semble qu'en raison de cette sur-information, à laquelle réagissent en grand nombre, et de façon généralement violente, ses "récepteurs", on peut douter que les futurs présidents, quelle que soit leur origine politique, reviennent sur ce rôle de défenseur des victimes. On ne peut, de quelque parti qu'on soit, oublier le prix du silence payé par Lionel Jospin, en 2002. 

On ne peut, non plus, tenir pour nul, l'avantage évident de l'information volumineuse dont jouit la société d'aujourd'hui, et dont aucune censure n'est possible, sur la gestion de la délinquance. La politique relaie l'exigence du public auprès des polices, à la fois stimulées et récompensées pour leur action plus efficace, traduite en taux d'élucidation des crimes et délits. Ce serait à vérifier, mais ce taux semble proportionnel à la gravité des faits et à leur impact médiatique. Le cambriolage ordinaire n'excitera pas les limiers, les voleurs fourgueront leur butin, et les assureurs rembourseront. Mais s'ils se sont laissés aller à assassiner leur hôte d'un soir, ils n'auront pas beaucoup de chances de profiter de leur exploit.

Quant à la phase suivante confiée à la justice, dont les principes doivent être respectés, ce qu'en pensent les "internautes" qui commentent en temps réel ses actions et décisions, doit faire partie de la réalité de la société d'aujourd'hui, malgré son approximation, sa dose d'émotion, de méfiance, de parti-pris. Il n'est pas, aujourd'hui, de profession, de corporation, de service, qui ne soit sous surveillance, et exposé à la critique, juste, ou injuste. La conscience professionnelle en est la meilleure prévention.

Les hommes, et les femmes, politiques, sont d'ailleurs en avance sur les théoriciens et théoriciennes. "On" n'entend pas les postulants de gauche à la Présidence de le République annoncer qu'il reviendront à une belle indifférence en matière de sécurité. 

Sceptique