Deux drames occupent les esprits et les médias, en ce moment. L'épouvantable catastrophe qui a frappé le Japon, et le drame humain qui ravage la Libye, où le satrape fou Mouammar Khadafi a toutes les cartes en mains pour écraser la révolte partie de Benghazi, ville traditionnellement insoumise du pays. Ses troupes progressent assez vite pour devancer un coup d'arrêt porté par les puissances occidentales, outrées par la brutalité de cette guerre civile.

À propos du Japon, l'ampleur des pertes matérielles et humaines a maintenant moins de place que les mésaventures de l'équipement en centrales nucléaires qui a eu à souffrir d'un tremblement de terre d'une puissance inégalée dans la longue expérience de ce phénomène naturel que possède le Japon, et de son complément, lui aussi d'une ampleur inconnue, le tsunami.

Le risque sismique étant connu, les constructeurs de centrales japonais avait prévu l'arrêt automatique des centrales dès la survenue d'une secousse majeure. Mais l'ampleur du tsunami a entrainé la mise hors service des générateurs auxiliaires, mus à l'énergie électrique, permettant de refroidir le coeur du réacteur pendant le temps nécessaire. Faute de quoi l'élévation de température parvient à hydrolyser l'eau et produire de l'hydrogène, prêt à exploser au contact de l'air. Or, si j'ai bien compris, les techniciens sont obligés de lâcher les vapeurs à très haute pression qui se forment dans le réacteur, à l'extérieur de l'enceinte de confinement du coeur, mais dans un local qui le coiffe, et qui n'est pas ouvert à tous vents. C'est là que l'hydrogène explose en se recombinant, et que les images inquiétantes, abondamment expliquées par les commentateurs, partent à la conquête de tous les téléviseurs du monde.

Tous les cuisiniers de l'information possèdent leur livre de recettes, qui explique comment se rate la cuisine nucléaire. L'excès de cuisson rend le plat bon à jeter. Mais en fait, c'est toute la cuisine qu'il faut abandonner à son sort*, et les cuisiniers n'ont plus qu'à jeter leur tablier. C'est ce pronostic qui a été le plus diffusé, dès les premières heures. 

Or, en fait, il n'est pas sûr que les  deux réacteurs concernés par ces incidents en soient arrivés à la fusion des barres d'uranium, dont le rapprochement fabrique la chaleur, cédée au circuit primaire**. Et tant qu'il n'y a pas fusion, le réacteur est réparable et réutilisable.

Dans leur malheur immense, les japonais présentent une discipline et une solidarité impressionnantes. Certes, ils ont peur, comme tous les humains, mais ils ne cèdent, ni à la panique, ni à la haine, chercheuse de boucs émissaires. Il parait qu'ils critiquent leur gouvernement, mais ils suivent les recommandations qu'ils en reçoivent. Ils ont soif et faim, mais ils font la queue sagement à la porte des supermarchés et des distributions publiques de nourriture. Ni bousculades, ni pillages***.

La panique et la vindicte, nous nous en chargeons. Une manifestation "spontanée" à Paris, non de solidarité, mais de condamnation de l'énergie nucléaire. "On vous l'avait bien dit!" se sont exclamés nos verts les plus médiatiques. 

Quant au drame libyen, contre le désir majoritaire d'abstention, notre gouvernement essaie d'arracher à l'ONU l'autorisation, validée par l'Union Européenne et par la Ligue Arabe, de réaliser la neutralisation du ciel libyen pour empêcher l'appui aérien des troupes de Khadafi. On peut prévoir l'écho du soulagement qui a suivi Munich, si le Conseil de Sécurité de l'ONU ne décide rien à temps, ou se voit opposer le veto des Russes et/ou des Chinois. Soulagement, cette fois-ci, de ne pas avoir à s'occuper de réfugiés libyens, liquidés par le vainqueur.

Je suis sûr que nos dessinateurs ont déjà préparé la transposition du dessin célèbre:"L'ordre règne à Varsovie."

Sceptique

*Ce fut le sort de la centrale américaine de Three Miles Island, dont le coeur fondit...partiellement. 

**La vapeur formée au contact de la fission nucléaire contrôlée est nécessairement radioactive. Elle n'est donc pas utilisée directement dans les turbines, et sa chaleur est récupérée par un circuit secondaire. Mais les centrales japonaises ne comportent pas ce circuit secondaire. La situation créée par la panne des circuits de refroidissement n'aurait peut-être pas changé.

 ***Par contre, avec beaucoup de spontanéité, les français décampent.

Lu dans un complément économique du "Monde.fr": Khadafi, vainqueur, se prépare à sanctionner les pays inamicaux, dont bien sûr la France, en la "personne" de TOTAL. Les chinois sont disposés et prêts à prendre la relève. Seule l'Italie aura droit à sa part du pétrole.