Elle n'est pas un sujet d'inquiétude pour tout le monde. Les citadins, nettement majoritaires, sont plutôt heureux de ce beau temps durable, qui fait de chaque week-end une tranche imprévue de vacances. Ceux qui gémissent, comme toujours, ce sont les agriculteurs et les éleveurs, soutenus par les campagnards, dont les potagers et les jardins ont triste mine.

Nous avons connu une semblable sécheresse en 1976, d'autant mieux mémorisée qu'elle a valu aux français un impôt spécial. 2003 a été moins sec, mais plus chaud. La canicule a touché, cette fois là, les citadins âgés, restant dans les grandes villes en plein mois de vacances. Même de ministre. La surmortalité n'a pas été cataloguée tout de suite, le "coup de chaleur" ne bénéficiant pas, alors, de numéro statistique particulier. À partir d'un certain âge, la mort paraissait encore "naturelle", à cette époque. C'est le pic de fréquence, déstabilisant les Pompes Funèbres, qui a provoqué l'alerte.

Après trois hivers froids, le dernier abondamment neigeux, un été "pourri" entre les deux derniers, le dogme du réchauffement climatique anthropique* commençait à vaciller. Ce printemps anormalement chaud et sec remet du baume au coeur aux amateurs de vacances et aux prophètes de la désertification du monde. Nous avons l'habitude de nous limiter aux frontières de l'hexagone, ce qui fait de la sécheresse un drame français, et interdit à nos commentateurs météo de se lancer dans des explications plus larges. Nous sommes la victime, entre autres, d'un "anti-cyclone", zone de hautes pressions atmosphériques, qui s'accroche sur une bande allant des Pays-Bas au Nord, aux Pyrénées, au Sud, et s'effilant progressivement vers l'Est. La Grande-Bretagne, à l'Ouest, l'Europe Centrale, à l'Est, l'Italie du Nord, partagent notre sort. 

Les dépressions atlantiques contournent l'obstacle par le Nord et le Sud. L'Allemagne nordique, la Péninsule Ibérique et l'Afrique du Nord, le Languedoc, sont anormalement arrosés pour la saison. Il pleuvait sur le Sud du Maroc il y a deux jours!

Je me suis reporté à l'ouvrage de l'historien Emmanuel Garnier, colligeant les événements climatiques sérieux, ou très sérieux, des cinq derniers siècles. Les sécheresses, affamant les populations, à une époque, où, faute de transports, elles vivaient toutes en autarcie, ont affecté, selon lui, les régions méditerranéennes, parfois une année entière, ou deux années de suite. Imaginons la misère des victimes, les migrations climatiques. Mais, surtout, l'auteur souligne la concordance entre cette localisation particulière et les prévisions à long terme du GIEC, l'organisme onusien chargé de nous informer de notre climat futur.

Or, comme je l'ai décrit, la sécheresse qui sévit cette année, succédant à quelques années de réduction des précipitations sur la partie de la France au sud de la Loire, n'est pas conforme à la prédiction du GIEC. Elle affecte une partie du territoire qui était habituellement bien arrosée, et n'était pas destinée à perdre cet avantage. Alors que les pays méditerranéens ont profité de l'anticyclone sibérien rabattant sur eux les dépressions atlantiques, et, maintenant, de celui qui se vautre sur la "doulce France".

En attendant une explication plus satisfaisante du phénomène bien réel, mais non conforme aux projections du GIEC, la politique aura, bien sûr, à s'en mêler, pour gérer la pénurie, faire une répartition juste, mettre en oeuvre la solidarité nationale, et trouver des solutions préventives. Faire fonctionner la matière grise des ingénieurs, donc.

L'idée même de faire appel à la science, fondamentale ou appliquée, fait se hérisser les écologistes, convaincus que c'est un excès de science, se croyant tout-puissante, qui est à l'origine des dérèglements, dont on se garde bien de se rappeler les traces du passé lointain, antérieurs à la prolifération de l'homme, et de ses inventions. 

"On" tient déjà des coupables, les agriculteurs, qui bien que ne représentant que 4% de la population, consomment entre 50 et 70% de l'eau disponible. Oubliant qu'ils nourrissent les 96% restants, "on" s'apprête à leur "chercher des puces". Récolter après avoir semé, vendre des animaux d'élevage bien nourris, ou leur lait, paraissent, à première vue, à la fois justes et utiles. Mais la première vue est maintenant trop courte. Une empoignade est prévisible quand les études et projets de réserves sortiront des cartons, un autre plus féroce encore, s'il est de nouveau question de "géo-ingéniérie"**.

Sur une période courte, on peut constater le caractère réversible des phénomènes climatiques. Si leur persistance révèle une tendance, il sera nécessaire de s'y adapter, par les moyens produits par notre réflexion, et non par la recherche et la mise en faillite*** de "boucs émissaires".

J'ajoute que notre dépendance au climat s'est accentuée et généralisée, en raison du temps libre et de son utilisation,  ne laissant plus aux seuls agriculteurs ses conséquences sur leur vie et leur subsistance. Il n'est plus, depuis longtemps, de chaîne de télévision ou de station de radio qui n'ait ses bulletins météo et son présentateur attitré et rodé au vocabulaire de cette science. Mais comme "on" leur demande trop, l'opinion générale est qu'ils n'en font pas assez. 

Sceptique

*Anthropique: attribuable à l'activité humaine.

**Ensemble des procédés conçus pour modifier, localement et occasionnellement, le climat. 

***Aux agriculteurs qui se plaignent, "on" suggère habituellement qu'ils reviennent aux méthodes et aux moyens dont devaient se contenter leurs ancêtres. Traction animale, aucun engrais, aucun "pesticide". 

Note du 29/06/2011: lire la chronique d'Éric Le Boucher parue dans Les Échos, sous le titre G faim (signalée par Marcel Kuntz) 

 http://www.lesechos.fr/opinions/chroniques/0201461551612-g-faim-185305.php

Note du 12 Octobre 2011: Alors que la moitié Nord de la France a retrouvé un air frais et une pluviométrie presque normale, la moitié Sud souffre à son tour de la sécheresse et d'une température anormalement élevée. Sale temps pour tout le monde!