Après avoir "surfé" sur la vague de réussite de l'Union Européenne, l'Espagne a pris de plein fouet celle de la crise mondiale. Ses faiblesses structurelles, héritées de sa géographie et de son histoire, l'ont ramenée à une situation complètement oubliée. 

L'Espagne dispose d'une économie agricole, concentrée dans les régions du sud et ses productions de légumes et de fruits, apparaissant sur les marchés de l'Europe avec un bon mois d'avance sur ses concurrents européens. Bien que son poids dans l'économie espagnole se soit fortement réduit, c'est une agriculture très productrice, rationalisée, organisée, compétitive, au détriment des qualités gustatives. Elle emploie une importante main d'oeuvre, essentiellement immigrée, en provenance d'Afrique du Nord et d'Amérique du Sud*. De plus en plus "espagnole", depuis la crise.

Un autre poste est le tourisme. Ses côtes et ses îles sont le lieu de vacances de millions d'européens du Nord, avides de soleil et de mers pas trop froides. La richesse du patrimoine entretient une noria permanente de voyageurs.

Les industries, concentrées au Nord-Ouest (Pays Basque et Navarre) et au Nord-Est ( Catalogne) ont bénéficié des investissements des puissantes industries allemandes, et du marché européen. Les services Banques, télécommunications) se sont développés jusqu'à un niveau international.

Mais ce qui pèse lourd dans la crise espagnole est l'immobilier, porté par la prospérité générale et peut-être facilité par la spéculation à laquelle il a donné lieu, à tous les niveaux, pendant la période d'euphorie. Mais le bâtiment ne s'exporte pas, et nécessite une clientèle solvable. La construction a subi une mévente, et un arrêt, dramatiques.

Il y a eu longtemps un important chômage en Espagne, cause d'une émigration conséquente, vers la France, en particulier. La prospérité arrivée avec l'Union Européenne et la fin du régime franquiste avait stoppé cette émigration, et l'Espagne était même devenue une terre d'immigration, et la porte d'entrée en Europe de l'immigration clandestine en provenance du Maroc et d'Afrique sahélienne.

Qui n'a pas vraiment cessé, l'information sur l'état réel du marché du travail en Espagne et en Europe n'atteignant pas les sources de l'immigration, et la différence de sort des hommes d'un continent à l'autre, restant très avantageuse au profit de l'Europe. 

Mais les jeunes espagnols, largement victimes de la régression économique de leur pays, ont eu le temps de développer le réflexe démocratique de base: si la situation est mauvaise, la responsabilité en incombe au gouvernement élu. Aucune excuse ne lui est accordée. La réactivité du gouvernement de José Luis Zapatero, ses mesures douloureuses mais efficaces, permettant, jusqu'ici, à l'Espagne, de faire face, sans aide, à la crise, ne lui vaut aucune reconnaissance de sa jeunesse. 

La ressemblance avec la jeunesse arabe, dont ces jeunes "indignados" s'inspirent**, ne tient qu'au fait qu'ils sont instruits en vue de métiers qui sont actuellement détruits. Si la société espagnole n'est pas parfaite, il n'y a aucun phénomène comparable à ce qu'ont subi les peuples arabes.

Ils manifestent sans violence, cependant. Un simple "happening", organisé par la communication par internet et les réseaux sociaux, et consistant à venir camper sur la Puerta del Sol, à Madrid. Et à "discuter", entre jeunes, des solutions magiques qui devraient être apportées à la crise. Ils se veulent "apolitiques". Ils sont calmes et respectueux du bien public et des biens privés. Pas de "casseurs", profitant de la situation, pas de harangues d'un Besancenot ou d'un Mélenchon les invitant à faire la révolution. Quant aux "grandes personnes" disposant encore d'un emploi, elles n'en profitent pas pour déclencher une grève d'accompagnement, ajoutant à l'angoisse des sans emploi l'exigence d'une augmentation de salaire.

Le gouvernement espagnol a annoncé l'interdiction de cette manifestation, supposée gêner le bon déroulement d'élections locales, mais sans faire intervenir les forces de l'ordre. Tant il est vrai que cette manifestation est "gentille", "bon enfant". Rien à voir, encore, avec nos mouvements étudiants de 1968.

L' objection que je fais, en plus de l'inefficacité reconnue de ce type d'action....sur la réalité, c'est sur la référence à la Place Tahrir, où le peuple égyptien est parvenu, en versant son sang, à faire tomber la dictature de Moubarak. Les égyptiens exigent la démocratie, les jeunes espagnols affichent leurs doutes sur ce système.

Cette référence, qui mettrait au même niveau la souffrance, âgée de trois ans, de la jeunesse espagnole, et celle, datant, en fait, de plus de cinquante ans***, des égyptiens, est pour le moins offensante.

Sceptique

*L'immigration sud-américaine trouve la communauté culturelle facilitant son intégration, et la liberté d'une vraie démocratie.

**Mon correspondant, connaisseur de l' Espagne, auquel j'ai demandé un complément d'information, me signale la référence à Stephane Hessel et à son "Indignez-vous", chaleureusement applaudi (seulement) en France. 

***Et encore loin de trouver sa solution.

Note du 23 Mai 2011: Les électeurs se sont prononcés: le PSOE* est sanctionné, et devra laisser le pouvoir au Parti Populaire. Ce qu'il pourra en faire sera une autre histoire!                                            * ne pas confondre avec le PSAN (le Parti-Socialiste-à-Nous)!