La ville a la réputation, méritée, d'être cossue, et "bien" habitée. Par la nature de ses habitants, elle est calme et sans histoires. Ils n'ont que le défaut de ne pas fréquenter les Restos du Coeur, ou, en tout cas, en nombre infime.

Ils ont encore droit à leur carte d'électeur, non pas parce qu'ils payent beaucoup d'impôts, mais parce que notre République ne pratique pas encore le suffrage censitaire "à rebours". Ils en usent et abusent, depuis....toujours, de leur carte d'électeur, pour porter à la tête de leur ville des hommes qui leur ressemblent et en lesquels ils ont confiance. 

Mais ils ont hérité d'un facteur plutôt spécial, convaincu qu'un facteur est embauché et payé par La Poste, non pour distribuer le courrier qui lui est confié, mais pour faire la révolution.

Pourtant, il a un bon fond, le facteur révolutionnaire, car il veut faire une révolution sans police politique, sans prisons, sans fusillés, sans camps de concentration, suscitant un enthousiasme tel que les français et tous les autres habitants du monde viendraient déposer leur argent, leurs bijoux, et même leurs chaussures et leurs vêtements aux pieds du facteur devenu leur sauveur. Car le bonheur, pour le facteur, est dans le dénuement. Au sens propre ou au figuré, c'est pareil*.

L'intérêt d'être révolutionnaire à Neuilly sur Seine, c'est qu'il n'y a aucun risque d'être victime de méchants adeptes de la castagne, toujours susceptibles de prendre la mouche et de cogner, pour exprimer leur désaccord, ou pour prendre la place, au nom d'un plus de révolution.

Donc, IL y est, et IL y reste.

Comment fait-il son travail de révolutionnaire, ce qui ne consiste pas, habituellement, à distribuer du courrier? Il le ferait réellement, me confirme-t-on**.

Mais, grâce à Lui,  les neuilléens ont le privilège exceptionnel de ne pas recevoir ponctuellement leur courrier, ou de le trouver ficelé en paquets sur le trottoir, au pied de leur immeuble. Plus quelques brimades plus subtiles prenant la forme de retards, de disparitions, ou de petits larcins dans les enveloppes sentant bon les mamies généreuses. Les préposés de Neuilly résistent valeureusement, sous la conduite de leur leader, à l'exploitation des facteurs par les pondeurs de lettres.

Que peut signifier l'abstention de sévir observée par La Poste, qui console les victimes en les indemnisant?

Malgré son autonomie, qui ne date pas de si longtemps, d'ailleurs, elle ne doit pas être seule dans la détermination de cette "posture". Laisser faire doit présenter un intérêt, s'agissant de cette ville symbolique, "starting-block" de notre Président, et abritant d'illustres fortunes. "On" doit se dire, en haut lieu politique, que la révolution modèle NPA n'éclatera jamais à Neuilly, que les tentatives du facteur révolutionnaire et de ses troupes ne feront jamais sortir de leurs gonds ses paisibles habitants, alors que n'importe où ailleurs, ces facteurs indélicats pourraient se retrouver un peu cabossés à l'hôpital. L'auréole de martyrs leur donnerait alors de l'importance.

C'est pourquoi Neuilly-sur-Seine et ses habitants se voient confier le rôle ingrat d'abcès de fixation.

Sceptique

*"Il" doute quand même que ce soit possible, car il ne pourrait citer aucun exemple d'une réussite de son modèle de révolution. C'est pourquoi il ne veut plus aller au delà des manifs "pacifiques". Il a même écarté de se présenter à l'élection présidentielle, trouvant ses scores précédents trop élevés. S'ils continuaient de s'élever, il prendrait le risque d'être élu par surprise. La cata! 

**J'avais déduit de précédents commentaires de l'influence du "facteur de Neuilly" sur la distribution du courrier à Neuilly-sur-Seine, qu'elle était "en pointillés espacés", et que ses activités syndicales le rendaient indisponible.