La nouvelle a du tomber vers 15 heures. Privé de réception de ma messagerie, c'est une image entrevue sur internet qui m'a alerté.

Cette libération récompense un an et demi d'efforts des diplomates et des services secrets, soutenus par des responsables politiques qui ont toujours montré dans ce type d'effort une grande ténacité. Pour l'anecdote, pour certains, pour la cohérence de leur image, pour beaucoup de français, c'est le Président en personne qui a appelé la compagne de l'un et la mère de l'autre. Et quelques instants plus tard, c'est le premier ministre qui en a fait l'annonce à l'Assemblée Nationale, bouleversée, applaudissant à l'unanimité.

C'est la réaction de la profession journalistique qui a été la plus dense, la plus positive envers les efforts patients et discrets des autorités. Ils semblaient savoir, eux, combien était difficile la négociation.

Quand les effusions ne seront plus publiques, quand la vie politique, avec toute sa dureté, aura repris son cours, que restera-t-il de ce qu'on peut qualifier d'exploit?

Les antécédents ne sont pas rassurants. Ce n'est pas la première fois que notre nation est confrontée à ces prises d'otages, trop souvent des reporters, des journalistes faisant leur métier, prenant tous les risques pour nourrir nos médias d'informations libres, recueillies à leur source. Chaque fois le pouvoir politique s'est démené pour se les faire remettre par leurs ravisseurs. Bien sûr, la main au feu qu'il n'y a pas eu un sou versé. Les français n'exigent rien de tel, mais nos alliés froncent les sourcils au premier soupçon.

Les otages français n'ont pas été les seuls à bénéficier de la sollicitude du Président de la République et de son gouvernement. Il faut se souvenir des infirmières bulgares, prises en otage par le satrape libyen, ou Ingrid Bettencourt, prisonnière des narco-traficants-révolutionnaires colombiens.

Nos médias, pendant que j'écris, n'ont pas manqué d'évoquer les échecs de cette sollicitude: Michel Germaneau, mort en captivité, les personnels d'Areva, pris à Arlit, au Niger, les deux jeunes capturés dans la capitale de ce pays, et tués lors de la tentative de libération par nos forces spéciales, l'agent secret, captif des somaliens.

Ceux qui soulignent ces échecs ne disent pas qu'ils auraient fait mieux. Ils laissent entendre plutôt qu'ils n'auraient rien tenté.

Ce qui est probable, pas loin d'être sûr, si on se souvient des libérations des otages au Liban, en 1988, c'est qu'au moment fatidique de l'élection présidentielle, en Mai 2012, il aura coulé assez d'eau, chargée d'ordures, sous les ponts du fleuve tumultueux, pour que ces bonnes actions ne valent une voix de plus pour le Président sortant. S'il est finalement réélu, ce ne sera pas grâce à l'émotion d'aujourd'hui, mais à d'autres raisons, plus solides.

Il serait donc injuste de penser que Nicolas Sarkozy se donne tout ce mal dans ces affaires très humaines, dans une perspective électorale. Il ne peut douter de l'ingratitude des électeurs, si choquante lors de la présidentielle de 1988.

Sceptique