À tous points de vue, la guerre engagée par l'Occident en Afghanistan, est une opération difficile et risquée. Depuis des siècles, la géographie protège ce pays, à la fois sur ses frontières, mais aussi sur son territoire même, découpé par des chaines montagneuses, entaillé par des grandes vallées, faciles à défendre. Dans l'antiquité, il semble que des envahisseurs, venus de l'Inde, ou de...Macédoine, aient pu y prendre pied un temps, mais depuis que ce pays est devenu musulman, au delà du VIIème siècle, aucune puissance originaire d'Europe n'a pu le soumettre. C'était l'argument "massue" de ceux qui s'opposaient déjà à l'expédition punitive contre les talibans, eux-mêmes complices des organisateurs des attentats du 11Septembre 2001. Cette opération parut facile et fut efficace. La tentation d'en consolider le résultat fut assez forte pour engager l'Occident dans une action politique: permettre l'établissement d'un état démocratique, partageant les valeurs de notre monde, et, de ce fait, fréquentable.

Depuis dix ans, bientôt, l'Afghanistan est un champ de bataille. Bataille entre un Occident qui a du en rabattre sur sa domination du monde, mais a réussi, simplement par sa supériorité économique et la solidité de ses valeurs, à mettre en déconfiture l'idéologie communiste, et une société habituée à son isolement, ne goûtant que les guerres tribales. Une société qui fait bloc contre l'ingérence étrangère, mais sans mettre sous le coude ses luttes intestines. Des gaulois armés de Kalachnikovs.

La bataille livrée en Afghanistan n'a rien à voir avec celles que nous avons connues en Europe jusqu'en 1945, ou même, pour ce qui nous concerne, avec les guerres de résistance à la décolonisation menées en Indochine et en Algérie. En Afghanistan, nos pertes sont comptabilisées à l'unité. Un seul combat a fait une dizaine de morts dans nos rangs. En dix ans d'engagement, avec l'attentat d'hier qui a tué cinq de nos soldats, nous devons être autour de 70 tués.

La situation militaire globale n'est pas réellement catastrophique. Rien à voir avec ce que nous avons vécu au Vietnam et à ce qu'ont vécu les américains après nous. Rien à voir avec l'âpreté de notre guerre en Algérie, dont la solution a été politique. Simplement, les troupes de l'OTAN tiennent le territoire "de jour", tandis que les "insurgés" le gèrent la nuit. Ces mêmes insurgés ne sont en fait tranquilles nulle part, grâce aux armes sophistiquées mises en oeuvre par les américains. Le gouvernement d'Hamid Karzaï, protégé par nos forces, prend pas mal de coups, pour sa part, et son autorité ne s'exerce que sur une faible partie du territoire. Mais dans ce réduit, le Afghans jouissent des charmes de notre civilisation.

Cependant, à ce train là, ce conflit peut encore durer des années, et nos peuples sont lassés d'en assumer le coût, et de subir des pertes humaines amplifiées par leur médiatisation et par les débats acerbes qui les suivent. La crise économique et financière qui a frappé notre modèle en 2008, et qui n'en finit pas, contribue à faire de notre retrait (de tous les pays à problèmes du monde) un nécessité évidente et urgente. La "panica geral" comme diraient les italiens*. 

Imaginer un monde dont nous, les occidentaux, ne nous mêlerions plus du tout, ni avec nos armées, ni avec nos ONG, ni avec nos visiteurs de commerce, est très difficile. Ignorer, se boucher les yeux, le nez, et les oreilles, dès lors que les crimes les plus horribles, les tueries, les famines, se passent ailleurs que dans notre chasse gardée, l'Europe, le continent Nord-Américain, le Japon et la Corée du Sud, l'Australie et la Nouvelle Zélande, est-il un pari tenable, pour les "accrocs" de la curiosité et de la bougeotte que nos sommes devenus ? Pour le coup, il faudra fermer nos frontières dans les deux sens: pour empêcher l'afflux de ceux qui fuiront ce monde abandonné et livré aux purs rapports de forces, et empêcher nos humanitaires( et nos journalistes**), n'écoutant que leur coeur, d'aller se jeter dans la gueule des loups, dont il faudrait aller les arracher.

Une telle évolution serait elle le fruit de la Raison pure? Pourrons nous faire le deuil de nos passions? 

Sceptique

*J'espère que l'ancienneté dans ma mémoire de cette expression ne l'aura pas altérée.

**Les journalistes sont l'incarnation de notre curiosité. Ce sont eux qui nous nourrissent en doutes, positifs, ou négatifs, qui nous disent:"il faut y aller!", ou "il faut partir!"

Note: La découverte, à la Nième re-lecture, d'une phrase inachevée, laissée en suspens, a été l'occasion de revoir ce billet.