Inutile de vous dire que, praticien de la psychiatrie pendant des années, je n'avais, pas plus que vous, entendu parler de cette bête là. Pourtant, découvrant ce concept au hasard d'une lecture "profane", j'ai tout de suite situé ce que "ça" pouvait être, avant de recevoir ce curieux nom, parfaitement "bidon".

"IL", le dit concept, permet à un violeur d'affirmer qu'il a accompli son acte, tout en dormant, ainsi que sa victime, bien sûr. La condition nécessaire (et suffisante!) à l'utilisation de cet alibi est le partage, non légitime, d'un même lit.

Ce qui est encore mystérieux, c'est la rencontre "originaire" entre un accusé de viol, son avocat, et un "scientifique" apportant sa caution, et le nom qu'il faut, propre à impressionner magistrats et jurés. Car si les choses n'existent pas tant qu'elles n'ont pas été nommées, elles existent, même faussement, dès qu'elles le sont.

Donc, un jour, un violeur (présumé), son avocat, ont rencontré un scientifique (neurologue, semble-t-il), et ce dernier (ou cette dernière) leur a dit:" Mais oui, mais c'est bien sûr, c'est un (beau) cas de "sexsomnie"!"

Notre science médicale est devenue riche en inventions de cette sorte, parce qu'elle a "subi" (sans trop résister) un phénomène analogue à celui qui peut arriver à un iceberg: basculer "cul par dessus tête". Du tout "psychique", sous le règne sans partage de la psychanalyse, elle est passée au "tout organique" grâce à la contre-offensive des "neuro-sciences". L'homme ne serait que "neuronal"*, tout ce qu'il fait ne serait explicable que par un mauvais montage de ses neurones, ou par une anomalie enzymatique, elle même déterminée par une anomalie génétique. L'avantage pour l'objet de ce discours, l'homme, c'est qu'il conserve, malgré sa nature, ratée "quelque part", le droit de vivre, excusé d'avance des méfaits qu'il pourrait commettre sous l'emprise de son défaut de fabrication. On ne voit pas pourquoi, en effet, ces handicapés là seraient moins bien traités que les autres. 

Dans l'histoire de la psychiatrie, il y a eu d'autres alternances semblables à celle qui vient de se produire. Les pionniers ayant échoué à expliquer les maladies mentales par des maladies organiques du cerveau, les psychanalystes n'ont pas rencontré de résistances quand ils ont fait de toutes les maladies mentales l'expression de souffrances relationnelles, imputables à la mère, parfois au père, aggravées, à l'âge adulte, par le défaut de préparation à une vie sociale "normale". Il n'y avait plus que des "victimes". Finalement, "elles" le sont toujours, mais d'une mauvaise distribution des cartes. Le champ de la responsabilité s'est réduit à plus grand chose.

Pour revenir à notre "mouton noir", c'est une "foutaise", bien sûr, qui repose sur une "vérité" que chaque mâle aura vécu à son adolescence: l'apparition de rêves érotiques et leur conclusion par des éjaculations spontanées, les "pollutions nocturnes". La concrétisation de la vie sexuelle met fin à cette nécessité physiologique, mais pas aux rêves érotiques. Il est tout à fait "normal" que sentant le contact de sa partenaire endormie à son côté, le rêveur, sortant de son sommeil, entreprenne une relation sexuelle dans un état "crépusculaire" ou confuso-onirique, sa partenaire faisant le même chemin vers le plaisir conscient et accepté. La situation inverse peut arriver aussi, sous la forme d'une manipulation ciblée, mais il faut qu'elle aille jusqu'au réveil du partenaire, pour qu'il se mette "en phase".

Mais pour revenir au "viol", commis selon la même séquence, n'allant pas jusqu'au réveil complet, bien sûr, "il ne faut pas pousser". Une compagne de lit non consentante se réveillera et repoussera consciemment son agresseur. Si ça n'arrive pas, il y a une forte possibilité qu'elle ait été droguée.

En attendant un rééquilibrage de la science médicale entre le "tout psychique" et le "tout organique", il faut que les intervenants en matière de crimes ou délits sexuels soient prudents face aux "experts" en explications....imaginaires.

Molière ne ferait plus rire s'il était appelé à la barre!

Sceptique

*"L'homme neuronal", titre de l'ouvrage du neurologue Jean-Piere Changeux, en réaction aux conceptions "désincarnées" de la psychanalyse. L'homme ne serait déterminé que par les possibilités de son cerveau, sans intervention de sa programmation par son histoire personnelle et sociale.