Tout le monde politique et journalistique s'accorde à dire que cette proposition de Nicolas Sarkozy, d'inscrire la Règle d'Or dans la constitution, c'est à dire l'engagement de voter des budgets en équilibre, quoi qu'il en coûte, est un piège tendu vers l'opposition, à l'approche de la présidentielle de 2012.

Il me parait évident que l'opposition, qui espère conquérir le pouvoir en 2012, n'est pas prête à se lier les mains par une telle ascèse, alors que les électeurs, tous, ne sont sensibles qu'aux promesses "dispendieuses", comme disent encore nos cousins d'outre-Atlantique. 

Or, dans l'état actuel de la répartition des sièges formant le Congrès, rassemblement des deux assemblées parlementaires, compétent en matière de révision constitutionnelle, une majorité suffisante ne peut pas être réunie par le parti du Président pour le vote d'une telle mesure de rigueur.

En supposant une naïveté, suffisamment représentée dans l'opposition, pour répondre aux voeux du Président, ce dernier serait bien embêté s'il était finalement le vainqueur en 2012. Il se verrait handicapé dans l'exercice de la politique, celle qui ne dépend pas des programmes électoraux, mais des événements politiques et économiques imprévus. Qu'aurait pu faire le Président Sarkozy en Août 2008, s'il avait été lié par la Règle d'Or? On a déjà donné avec le Principe de Précaution exigé par le président Jacques Chirac!

Et je suis d'autant plus méfiant à l'égard de cette Règle d'Or, que Dominique de Villepin, expert en erreurs politiques, est POUR ! 

Notre endettement est excessif, il dure depuis trop longtemps, et les circonstances extérieures qui nécessitent de nouveaux engagements coûteux, arrivent en chapelets. Tandis que les causes structurelles, résumées par notre manque de compétitivité, font de la résistance à nos efforts, réels, mais de faible rendement à court terme. 

Pour le moment, il vaut mieux, pour la majorité sortante, s'en tenir à son bilan, plus qu'honorable, et ne signer, ni chèques en blanc, ni chèques en bois!

Il sera toujours temps, en Juillet 2012, si le Président Sarkozy est réélu, qu'il fasse avec son Assemblée Nationale renouvelée, une correction du budget dans le sens d'une augmentation des recettes de l'État. Ce ne pourra être pire que ce que fera, réellement, une opposition conquérant la présidence de la République.

Sceptique

Note du 28 Juillet 2011: Dans son éditorial "video", Christophe Barbier, Directeur de l'Express, renvoie dos à dos Sarkozy et le P.S., affirmant qu'ils ont tort de part et d'autre, le premier d'avoir donné à son idée la forme d'un piège, le second de ne pas croire en ses capacités de relever le défi, en cas de victoire en 2012, et d'en rester à "une politique politicienne". Je m'en tiens à mon jugement. Il en est du responsable politique comme du responsable militaire: il faut qu'il puisse manoeuvrer avec souplesse, s'adapter aux circonstances. "L'intendance suivra", disait De Gaulle en bon militaire. Le très dépensier Louis XIV ne devait pas penser autrement. Ce sont nos engagements internationaux qui nous posent problème, mais notre poids est encore suffisant pour qu'on ne nous fasse pas le coup:" la bourse ou la vie!"