Il en est des prisons de France comme de ses toilettes publiques, et parfois privées: dégueulasses, ignobles, honteuses! 

Dans le "Monde" du 27 Juillet, Monsieur Matthieu Bonduelle, Secrétaire du Syndicat de la Magistrature, enfonce le clou, dans le crâne d'une statuette représentant Nicolas Sarkozy, d'où ne peut que venir tout le mal que la France étale aux yeux du monde.

Sauf erreur de calcul de ma part, à partir des chiffres qu'il donne, la proportion de détenus de la population française n'est que d'un peu plus d'un détenu pour mille habitants. De toute évidence, pour une si faible proportion, il n'y a pas de raison que les détenus le soient dans de si mauvaises conditions.

Ayant été, il y a bien longtemps, à l'occasion d'un remplacement, le médecin d'une prison, j'ai pu me rendre compte, de mes propres yeux, des conditions d'incarcération dans les prisons françaises. Plus de soixante ans me séparent de cette expérience, que je n'ai jamais été tenté de renouveler. Elle a du stagner pendant quelques décennies supplémentaires avant que la pression du scandale oblige l'État à faire quelque chose.

Je dis l'État, parce que cette institution, aux contours plutôt flous, dispose d'une certaine autonomie, de fait, par rapport à son souverain, le peuple français.

Car le peuple souverain, lui, me semble s'en moquer complètement. D'une part, il n'exprime aucune compassion pour ceux qui ont mérité la prison, d'autre part, si prison(s) il doit y avoir, c'est chez "les autres" qu'il faut les construire, et, attention, pas trop luxueuses, pas trop confortables. Même à l'horizon, "on" n'en veut pas.

Les vieilles prisons françaises, construites sur des espaces étroits, englobées, au fil du temps, par le développement des villes, sont inaméliorables, irrécupérables. Il faut construire des prisons neuves, "hors-les-murs", afin d'y transférer les détenus mal logés. 

C'est là que commence la "galère" de l'administration pénitentiaire. Trouver un terrain convenable, répondant aux nécessités de la sécurité, et l'annoncer aux édiles de la commune visée (à ma connaissance, il n'y a pas de demande spontanée, motivée par les retombées financières et les emplois induits). Le sang d'une partie du conseil municipal ne fait qu'un tour. "Jamais ça chez nous!" La nouvelle est diffusée auprès de la population, qui se hérisse d'associations lois de 1901 pour s'opposer au projet. Quelques voix pragmatiques s'élèvent pour souligner les avantages pour les finances locales de l'investissement public, et expliquer que la construction sera assez éloignée, et correctement profilée, pour ne pas affecter la vue des habitants.

Même si le projet est imposé par décret, les recours devant le Tribunal Administratif prendront un temps appréciable avant leur rejet définitif, imposant à la malheureuse population, l'ouvrage d'intérêt public.

S'ouvre alors la phase de réalisation. La majestueuse lenteur de l'administration, et ses conséquences budgétaires, ont conduit des gouvernements, effectivement "de droite", à confier la réalisation  de ces prisons à des entreprises privées, qui en restent propriétaires, et auxquelles l'État loue les locaux.

Bien sûr, cette "privatisation" ne plait pas aux défenseurs du tout public, du tout étatique. Que les nouveaux établissements, sélectionnés sur appels d'offres, et correspondant au cahier des charges, soient moins chers et plus rapidement construits que ce que ferait un service de l'État, ne peut être un argument.

Un argument, notre magistrat en possède un: en 1981, grâce au pouvoir de la Gauche, Robert Badinter, Garde des Sceaux, parvenait à réduire de 40% la population carcérale, en faisant libérer un nombre conséquent de détenus. "Le pays avait-il sombré dans le chaos?" interpelle-t-il*. 

Ingratitude du peuple souverain! Cinq ans plus tard, la Gauche perdait les législatives!**

Sceptique

*Dans la suite de cet exploit, il préconise un "numérus clausus" pénitentiaire.

**Le septennat, imposant la cohabitation, a mis la droite à l'épreuve, et a sauvé Mitterrand, réélu en 1988. 

Note additionnelle du 29/07/2011: Rebondissant sur le propos de son confrère publié avant-hier par le "Monde", le Procureur de Dunkerque s'est fendu d'une note 'logique", recommandant à ses collègues de différer, à leur appréciation, l'exécution des peines de prison qu'il collent aux délinquants, en raison de la saturation des geôles locales. Façon d'interpeller, commentait le quotidien, l'État coupable. La décision de ce procureur n'a pas été du goût de sa hiérarchie, de la plus directe, à la Chancellerie. Rendre responsable un gouvernement de moins de cinq ans d'ancienneté d'une "honte" qui a bien dix fois cet âge, c'est de l'esprit partisan. Ce n'est ni du journalisme, ni de la justice.