Ce n'est que la deuxième fois que j'écris un billet sur un événement sportif. Le premier avait pour sujet le comportement inqualifiable de notre équipe nationale de foot et de son sélectionneur, lors de la Coupe du Monde, en Afrique du Sud. Ce second est motivé par le décrochage de notre très matamore Wilfrid Tsonga, un de nos meilleurs joueurs de tennis du moment.

Tsonga n'a jamais le triomphe modeste quand il gagne un jeu ou, surtout, le match. Il offre aux caméras des reporters le meilleur profil de ses biceps. Sa gestuelle est guerrière. Mais, pour le moment, il n'est jamais arrivé en finale d'un tournoi important, et à la gagner.  Son bâton de maréchal est d'avoir vaincu à deux reprises Féderer, qui approche de la retraite de tennisman.

C'était d'ailleurs une victoire sur Féderer qui l'avait mis sur le chemin d'une demi-finale face à Djokovic, le joueur N°1 d'aujourd'hui. Se faire battre par Djokovic n'aurait pas été une honte. Le vaincre, un saut important dans la hiérarchie des joueurs.  

Mais, vaincu au premier set, perdant les trois premiers points du second, Tsonga a préféré invoquer une contracture douloureuse à l'avant bras droit, et déclarer forfait, à la grande déception des spectateurs et de Djokovic*.

Ces "décrochages" se sont peut-être pas la spécialité des joueurs français. Mon intérêt limité pour les compétitions sportives ne me permet pas une vue exhaustive de la question. Mais quand un joueur français sort de l'anonymat, je me dis, "enfin, un", et je deviens réceptif aux succès suivants, jusqu'à la trop fréquente stagnation à un niveau moyen, laissant les places d'honneur à d'autres vedettes.

Quand même, j'ai le sentiment qu'une constante affecte le sport français, particulièrement le tennis, très exigeant, car très spectaculaire**, attirant des foules passionnées: la faiblesse psychologique, la faible résistance défensive. La victoire stimule. La perte d'un jeu, le marquage d'un but, sonnent la retraite.

La longue "couvaison" du futur prodige par des parents qui placent sur "lui", ou sur "elle", tous leurs espoirs, n'est un mystère pour personne. Mais elle n'est pas spécifiquement française. Où se forme le point faible de nos sportifs, à quel stade de leur parcours?

Le piège de la rareté, le sport n'ayant pas la première place dans les projets des familles concernant leurs enfants, attire l'attention de nos médias spécialisés dès le lever au dessus de l'horizon des adolescents doués dans une discipline. En ce qui concerne le tennis, les parents, je l'ai dit, sont massivement impliqués. Les exigences des entrainements et des compétitions recentrent la vie de la famille sur le futur champion. L'investissement financier n'est pas négligeable. Son rappel affectueux au jeune, prompt à l'ingratitude, fait partie de la nouvelle relation parents-enfants. Mais, encore une fois, rien de spécifiquement français.

Il ne reste donc que la flagornerie déversée par notre presse sportive, notre télévision, et peut-être ces à-côtés publicitaires qui entretiennent l'image publique de la vedette. La satisfaction narcissique dès ce stade initial d'une ascension à la pente tendant à la verticalité, détourne des besoins d'ascèse, d'obsession du succès. "Si je perds, "on" m'aimera quand même, "on" parlera de moi avec tendresse et indulgence. À défaut de faire envie, je ferai pitié".

Sceptique

*Cyberpresse, Canada(Que), où s'est déroulé le match.

**Un rapport entre l'intérêt populaire pour un sport et ce phénomène du défaitisme est possible. On a pu remarquer, aux derniers J.O., les succès des français dans des disciplines pratiquement confidentielles, et, aussi, l'effondrement de quelques unes de nos "valeurs sûres".